Message personnel
Le savoir confère un pouvoir éternel
La semaine dernière, Institut du Monde Arabe à Paris. Un endroit que j'adore pour son raffinement, pour l'esprit qui s'en dégage, axé sur les lettres, sur la culture et le lien entre les peuples. On aimerait penser qu'il représente l'harmonie supposée entre les peuples et on pourrait presque croire en le visitant qu'il n'existe aucun problème d'intégration en France. A tout le moins, il a le mérite d'exister, en modèle de tolérance vers lequel aspirer.
Son architecture est à son image : un savant mélange de modernité appliquée au traditionnel, une façade composée de moucharabieh avec capteur photo-électrique individuel qui mesure la luminosité extérieure, commande le diaphragme central de chaque moucharabieh (il y en a des centaines) afin de conserver une luminosité constante à l'intérieur du bâtiment.
Le bâtiment se trouve le long de la Seine et sa terrasse sur le toit propose une vue unique sur l'île St Louis et sur l'île de la Cité. Bref, un lieu incontournable de chacune de mes escapades parisiennes, généralement suivi par un thé et une patisserie au salon de thé de la Grande Mosquée qui n'est pas très loin de là.
Je me promenai donc dans la boutique du rez-de-chaussée, qui vend des babioles, des calligraphies, des calames en roseau pour les dessiner, des livres - en français, en arabe ou bilingues. Je jouai à ce jeu auquel je joue depuis très longtemps lorsque je suis face à des rangées de livres. Ce jeu par lequel j'aime à penser que je reçois un message personnel "d'ailleurs", sans que cet "ailleurs" soit bien défini (le hasard, Dieu, le fantôme du lieu ?...). Je me laisse guider par ce hasard sans nom vers une étagère, laisse ma main saisir au hasard un livre, choisir une page.
Puis je lis.
Cette fois-ci, j'ai ouvert "Retour de Londres" d'Etel Adnan. Et la page que j'ai lue (me ?) disait ceci, que j'ai trouvé à la fois magnifique et glaçant :
Tout en délicatesse
Parce que j'oublie parfois que ce blog est (** attention, c'est là qu'on se marre**) à vocation littéraire (comment ça, il y a longtemps que ça ne s'est pas vu ?), voici mon analyse sur le petit livre publié en 2009 et devenu incontournable l’an passé, comme de nombreux romans, suite à son adaptation cinématographique. avec l’actrice tout aussi incontournable Tautou. « La délicatesse » de David Foenkinos.
Ce livre s'inscrit dans la droite lignée d'une certaine littérature française actuelle, que j'appellerais la littérature d'avion, sorte d'évolution socio-contemporaine de la littérature de gare. Il se range en ceci aux cotés des "élégance du hérisson" de Muriel Barbery, des livres de Galvada ou encore de la trilogie de Katerine Pancol. A.k.a. , pour citer Amazon, ceux qui ont aimé celui-ci ont aussi aimé ceux-là.
Tous ces nouveaux écrivains ont en commun une écriture vive, aux phrases courtes, qui allie ton badin, humour léger et analyse bien vue, rendue au travers de saillies drolatiques. Leurs personnages sont toujours à la limite du cliché, mais avec les subtilité nécessaires qui empêchent de tomber dans le (trop) simple. Ils décomposent de façon très analytique les comportements individuels (ce qui motive leurs personnages, ce qui explique leur choix, pourquoi ils disent ceci plutôt que cela, etc...) dans une logique de situation globale. Enfin, leurs histoires se terminent toujours bien, avec souvent la victoire du héros aux attitudes décalées sur le conformisme ambiant.
Remède à la crise ou scénario américain de base ? Toujours est-il qu'on comprend très bien le nombre d'adaptations cinématographiques de ces livres.
On est loin de la finesse psychologique des Balzac, Zola et autre Zweig.
Mais proches de Proust ou de Duras.
Tout cela pour dire que, si je trouve ces lectures tout à fait plaisantes et qu'elles ont d'ailleurs une place de choix dans ma bibliothèque, j'ai du mal à comprendre le succès de ce livre-là en particulier par rapport aux autres ("le roman aux 10 prix littéraires" nous informe le bandeau).
En même temps, je vois très bien que mon écriture s'aligne parfaitement avec cette mouvance littéraire.
La seule chose sur laquelle je m'interroge encore, est de savoir si je dois m'en réjouir ou au contraire m'en désoler.
------- Citations tirées du roman
Il y a peut-être une dictature du concret qui contrarie en permanence les vocations.
Au cous d'une histoire sentimentale, l'alcool accompagne deux moments opposés : quand on découvre l'autre et qu'il faut se raconter, et quand on n'a plus rien à se dire.
Il y avait quelque chose de très reposant dans l'idée d'être avec lui. C'était peut-être orgueilleux ou superficiel, mais il lui semblait que cet homme serait toujours heureux d'être avec elle. Elle avait le sentiment que leur couple serait d'une stabilité extrême. Que rien ne pourrait arriver. Que leur équation physique était un antidote à la mort.
Le déplacement des corps étrangers
"L'enfer c'est les autres", disait Sartre. En janvier, l'enfer, c'est surtout les résolutions qu'ils ont prises pour la nouvelle année. Particulièrement celle-ci, éminemment palpable les deux premières de janvier : "Allez cette année, c'est décidé, je fais un geste pour la planète. Je prends le métro !".
Et hop. Ça donne des quais bondés, faute de pouvoir entrer dans des rames tout aussi bondées. Y a le mec, qui s'est même offert à Noël le cadeau qui va avec la résolution : le mug stainless que tu ravitailles au Starbuck du coin "c'est tellement plus écolo que leurs tasses en styrofoam jetables. Non vraiment".
Sérieux, Mr l'écolo de banlieue : c'est pas parce que t'as pas d'ami (sinon, t'aurais eu autre chose à Noël) que t'es OBLIGÉ de prendre ton p'tit déj dans le métro bondé ? En plus, vu ma taille, si la tasse ("Modèle très pratique qui se ferme de façon hermétique" mon oeil) se renverse, hop, c'est brûlure du 3ème degré de mon soutif ("'tain, Starbuck, le café, c'est pour boire tut'suite. Pas dans 3 jours quand il sera à bonne température ?!").
Mercredi, j'ai même vu un truc hallucinant : une femme, visiblement sous le coup de sa bonne résolution mais qui n'a pas encore saisi toutes les subtiles différences entre un métro et une caisse (entre autre, allez ma belle, je te dis tout : dans le métro, y a pas de coffre, hé non !) qui donc, allait je ne sais où, dans un métro, overloaded donc, avec une ÉTENTE À LINGE (?!) (ok, l'étente, pliée - pas comme sur la photo - mais tout d'même). Le kit full écolo façon "j'utilise même pu mon sèche-linge, c'est tellemeeeeeeeeeeent pas bon pour la planèeeeeeeeeeteuh".
M'enfin, ces journées où la banlieue déteint trop sur mon espace de vie urbain ne durent guère. Au bout de deux (trois pour les plus motivés) semaines, ces néo-écolos s'asphyxient d'eux-mêmes : étente-à-linge et mug brûlant sous le bras, la bonne résolution se dissout lentement dans un doux et déchirant regret du confort de leur caisse. Et passe rarement la fin du mois.
Où on peut enfin revenir à notre moyen de transport commun, sans qu'il le soit trop. Parce que bon, merde, moi aussi je suis écolo ! Mais je préfère quand c'est toute seule tranquille dans mon transport en commun à moi tut' seule.
Ces mots méconnus
Depuis toutes petites, mes filles s'entendent très bien. Alexane n'avait que 21 mois quand Héloïse est née. Est-ce grâce à cela ou par sa délicatesse naturelle qu'elle n'a jamais développé de jalousie mais plutôt une tendre sollicitude, par ailleurs réciproque, pour sa soeur ? Toujours est-il que Mon Mec et moi nous sommes toujours félicités de cette bonne entente.
Mais récemment, la belle harmonie a subi les impatiences liées à l'âge. Les chicanes entre soeurs ont surgi et nous avons même entendu des choses comme "Je déteste ma soeur !". Rien que de très normal, je suppose. Les frictions classiques de fratrie, telles que j'ai pu les connaître en mon temps avec mes trois frères.
Je n'ai jamais eu de soeur donc et m'en suis longtemps réjouis. Je clamais, à raison il me semble, qu'avec trois frères et pas de soeur, j'avais eu tous les avantages de la fille unique sans les inconvénients. Pourtant, maintenant je me demande quelle serait ma vie si j'avais eu une soeur. En regardant autour de moi, je ne peux que constater que mes amies qui ont des soeurs entretiennent des liens ... particuliers, toujours forts - dans un sens ou dans l'autre - avec leur(s) soeur(s), quelque chose de plus extrême en tout cas que ce qui peut exister généralement entre un frère et une soeur (constatation non scientifiquement prouvée).
Bref, avec Noël qui arrivait, j'ai voulu le Père Noël a voulu insister lourdement sur le l'importance du lien entre mes filles. J'ai Il a trouvé le cadeau idoine. Elles qui aiment tant le jeu des masculins / féminins, j'ai décidé de doubler le cadeau d'un petit cours de linguistique féministe :
- Les filles, quel est le féminin de frère ?
- (en choeur) SOEUR !
- C'est quoi l'amour fraternel ?
- (Alexane qui joue avec sa nouvelle baguette de Harry Potter et qui en a rien à foutre se soucie peu des enseignements maternels) L'amour d'une mère !
- (Héloïse, qui suit :) Nan. Ça, c'est l'amour maternel.
- Alors, entre frères et soeur, on dit quoi ?
- ....
- On dit "fraternel".
- (en choeur) Ah oui !!
- Et c'est quoi le féminin de fraternité et de fraternel ?
- ?? ...
- Ce sont des mots qu'on entend peu mais qui existent. Le féminin de fraternité, c'est sororité et pour fraternel, c'est "sororal". Ça vient de "soeur".
- Ah. (moue dubitative-jamais-entendu-ces-mots-là). Bon, on peut ouvrir notre cadeau maintenant ?!
Les limites de la lecture
On sait qu'il est temps qu'Alexane arrète de lire Haary Potter quand elle commence à nous déclarer des choses comme "Tu sais, les Egyptiens, dans les pyramides, ils écrivaient de hyppogriffes"...
Que ma joie demeure
Il est de ces semaines où tout s’enchaîne avec un tel bonheur, une telle perfection, durant lesquelles chaque instant porte une émotion unique, qu’on ne peut plus douter des cadeaux dont est capable la vie. Des jours comme ceux-là justifient à eux seuls, d’un coup d’un seul, les aléas, la tristesse et les errances dont la vie est aussi capable.
La semaine passée a été une semaine mêlée et riche – un resto entre collègues à petit comité, une discussion professionnelle motivante, un dîner entre amis, une petite fille, aussi attendue qu’inattendue, qui a débarqué dans la vie d’amis – et par ricochet, dans la notre -, une matinée au soleil avec mes neveux, un party de Noël dans un loft décontracté du Vieux-Port, avec un ciel illuminé de feux d’artifice, des rencontres aussi improbables que déjà précieuses, un dimanche dans un chalet entouré de neige, à boire du Champagne pour les 40 ans d’un ami. Et même une difficile nouvelle, l’annonce d’une fin – qui porte malgré tout les prémices du renouveau et le retour à la joie – bientôt.
Il est de ces moments qu’il faut savoir remarquer, dont il faudra savoir raviver le souvenir – dans un devoir de mémoire dédié au bonheur – les jours qui seront plus sombres. Aujourd’hui, je garde précieusement en moi toutes ces émotions reçues. Et n’espére qu’une chose, tout en faisant mon possible pour y contribuer activement : que ma joie demeure.
Drame de basse-cour
Guy de Maupassant, dans La Parure
Encore raté !
En écriture, je me suis spécialisée en deux choses : la première, la participation à des concours littéraires. La seconde, à perdre à ces concours. Je n'en fais pas un plat, ces concours ont le mérite de forcer ma plume quand elle peine à s'exprimer. Puis je sais à quel point la qualité d'un texte est éminemment subjective et fortement lié au jury dont on ignore tout au moment de la rédaction de nos propres textes. Le dernier échec en date est le défi Souvenir de Radio Canada. Les finalistes ont été désignés là. Il y a parmi ces 10 textes quelques bonnes (mais aussi moins bonnes, subjectivité disai-je) trouvailles. Je vous laisse le loisir de les découvrir par vous-même.
Voici le mien ici - pour ceux qu'une onzième moins bonne trouvaille pourrait intéresser. La naissance de ma petite Héloïse.
Un ange dans la neige
23 décembre 2002. C’est ce jour-là, au tout début de l’hiver, que tu es née. Il n’avait pas encore neigé mais l’air était lourd déjà de cette odeur particulière de la neige qui s’en vient. J’étais arrondie de neuf mois à t’attendre, ronde comme un bonhomme de neige qui serait en avance. Serais-tu un garçon ou une fille ? Je l’ignorais encore et essayais de le deviner dans les coups que tu donnais pour sortir.
Il me semble que tu es arrivée très vite. L’instant d’avant, nous traversions la ville, toute de rouge et de vert, débordante d’agitation en cette veille de Noël. Puis soudain, un cri et tu étais là. J’avais accouché d’une petite bonne femme des neiges, aussi ronde que moi, à qui on avait mis deux charbons noirs pour les yeux et de délicats pétales rosés pour la bouche.
C’est ce jour-là aussi que je suis morte. Enfin, pas tout à fait. Presque. En te mettant au monde, j’ai failli le quitter. Tu étais accrochée à mon sein et les charbons noirs me dévisageaient. Tu semblais aussi surprise de me voir que j’étais émerveillée de te découvrir. Du lait, blanc comme la neige qui se refusait à tomber, perlait entre les pétales de rose. Puis, peu à peu, j’ai senti un froid, plus pénétrant que les vents de janvier, m’envahir. Les forces m’ont quittée et à peine ai-je eu le temps de te tendre à ton père avant que ... plus rien ...
J’ai connu le départ de celles qui jadis mourraient en couches. De nos jours, on revient de ces ailleurs ouatés et je sais maintenant où se forme la neige.
N’eût-été la peine de ne pas te voir grandir, il me semble que cette mort-là m’aurait plu. Elle me paraissait très naturelle même, ce jour-là. Quasi évidente. Comme un grand chassé-croisé de la vie, un départ pour une arrivée. Ou aussi comme l’artiste qui, après avoir créé son plus beau chef-d’œuvre, se retire sachant désormais qu’il ne fera plus jamais mieux.
Mais je ne suis pas morte et, aujourd’hui, je te regarde grandir. J’admire les pétales quand ils s’épanouissent et m’étonne de la capacité qu’ont parfois les charbons noirs à s’obscurcir plus encore. Je sais aussi que je ne mourrai plus avant longtemps. Car je ne veux rien manquer de toi, mon petit soleil d’hiver, qui illumine si bien les jours sombres où la neige se décide enfin à tomber.
La gloire de mon frère
Canadian Tire la semaine dernière. Mon artiste de frère discute avec le gérant du garage où il a fait changer ses pneus pour l'hiver. Discussion d'usage pendant que le gérant rédige la facture "Et vous alors,vous faites quoi comme métier ".
- Je suis artiste. Je peins.
- Ah, très intéressant ! Justement, j'adore l'art. Quel est votre style ?
- J'ai un style plutot urbain, technique mixte de collage, de peinture à la bombe et de calligraphie.
- Excellent ça. D'ailleurs, dans ce style, vous devriez aimer un artiste de Montréal. Il s'appelle Tone.
Et hop ! Le début de la gloire internationale !
Tu l'as pas créé, tu le vends
Deux saynètes qui auraient pu être dans la catégorie ma-vie-en-mode-shuffle, si jamais j’avais eu « Tu l’as pas créé tu le vends » d’Elmut Fritz dans mon lecteur de mp3.
Scène I
Magasin chic de la Place Ville-Marie. Une petite robe classique et aussi chic que la boutique. Je repère un modèle du genre qui ne me va jamais, mais que j’essaye à chaque fois parce que « Vous devriez l’essayer, on ne sait jamais ». Je sais très bien que la coupe droite et mon dos cambré ne pourront jamais s’accorder, mais j’aime bien me voir l’espace d’un essayage, fesses serrées, ventre rentré et ma cambrure retenue dans la cabine d'essayage. Chacun ses hobbies. Le vendeur androgyne s'extasie "Elle vous va SUPER bien". De fait, j'approuve. En notant que j'arrète de respirer le temps que je la porte. Je referme le rideau à moitié suffocante, je relâche tout et reprends mon souffle. La silhouette parfaite du miroir en prend un coup, forcément. Je peine même à dézipper la fermeture éclair dans le dos. C'est le genre de robe à ne pas mettre si vous êtes célibataire. A moins d'être contorsionniste. Puis je la rends au vendeur médusé "Vous ne la prenez paaaaas ????? Vous êtes si bêeeeelle !!!". "Ca vous va super bien, vraiment ...", me chanterait Helmut à cette étape-ci.
Scène II
Magasin chick’ de la rue Mont-Royal – J’ai repéré une jolie veste en cuir en vitrine. Je rentre dans la boutique saturée de basses de musique techno qui joue à fond. La blondasse au téléphone vendeuse pianote furieusement sur son cellulaire et m’ignore superbement. Elle daigne se déplacer quand je lui demande si je peux essayer la veste « Vous voulez quelle taille ? ». « Je n’en sais rien, vous suggérez quoi ? ». Elle me jauge du haut de son string et me lance un dédaigneux « Je l’adoore. Moi, je l’ai prise en Small alors pour vous, il faudra bien du Médium ou du Large ». .... Et cette fois, Helmut d'ajouter :
"Ca vous va super bien, vraiment ...
Mais on va quand même essayer 3 tailles au dessus,
Vous serez plus à l'aise"
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