12 novembre 2009
Qui héritera des héritières ?
Alexane, ce soir, à table:
- Si toi et papa vous mourrez, où est-ce qu'on va aller ? (et bon appétit les amis...)
- Bien, vous iriez probablement vivre chez tonton Tone. (Bon nouvelle mon bro', hein ?)
- Oui, mais si Tonton Tone il est mort aussi ? (Pfui... ça va être long ce dîner...)
- Et bien peut-être chez vos grands-parents ? Ou chez Marraine Aline à Rome, pourquoi pas ?
Héloïse, qui ne disait rien jusqu'à présent, se décide à intervenir:
- Non, ce serait du gaspillage ! (allons bon)
- ??? Qu'en-ce qui serait du gaspillage, ma chérie ?
- Ben, en Italie, il fait chaud. Alors ce serait du gaspillage ! (Y a des jours où je suis fatiguéeeeeeeee....)
- Mais QU'EST-CE QUI serait du gaspillage, Héloïse ?
- Ben, les polaires et les manteaux d'hiver que vous nous avez achetés !
- ...
- Non. On ne peut pas aller vivre là-bas si vous mourrez.
Et Alexane, déjà aux limites de l'angoisse :
- De toute façon, vous allez pas mourir papa et toi, hein ?
- Mais non, ma chérie, ne t'inquiète pas. Ce serait vraiment trop de gaspillage.
10 novembre 2009
Les limites de la science
Kylian les dépasse un peu plus chaque jour, et ceci est une excellente nouvelle.
Que je vous explique, car je sais que vous êtes nombreux à suivre l'évolution de son étrange mal. La semaine dernière, les médecins ont tenté un troisième - et dernier...- réveil pour le sortir du coma. Les électro-encéphalogrammes prédisaient le pire coté impact cérébral. Or son réveil ne reflète en rien ces analyses de son activité électrique.
Ses mouvements se coordonnent peu à peu. Il commence à saisir des objets, à mettre ses lunettes pour regarder la TV. Il reconnait le monde autour de lui et a même réussi à saisir un crayon pour dessiner un coeur pour une infirmière qu'il affectionne particulièrement !!
Il respire maintenant par lui-même, sans les tubes de trachéotomie, et peut rester assis assez longtemps. A cause de la trachéotomie, il ne peut pas encore parler, ce qui semble le frustrer beaucoup, mais il parvient à s’exprimer par gestes.
Il conserve néanmoins des convulsions internes, qui se répètent quasi journellement, quelques fois plusieurs fois par jour, mais qui restent courtes et sans dommage pour le cerveau selon les médecins (qui osent encore avoir un avis, mais on ne peut pas leur en vouloir).
Bref, le combat est loin d'être gagné mais vu d'où Kylian partait (et surtout où on nous disait qu'il semblait devoir s'en aller...) on ne peut que se réjouir un peu plus chaque jour et continuer à penser à ce petit bonhomme qui nous prouve que des choses nous échappent encore, et surtout que tout espoir est permis.
[Merci à tous pour votre soutien]
08 novembre 2009
Lire Toussaint en novembre
Il y a des livres que l'on ne devrait pas. Pas lire, pas s'attacher à, pas regretter une fois lus... "La vérité sur Marie" de Jean-Philippe Toussaint est de ceux-là. En un mot, trop. Quel avenir après un tel livre ? On n'osera plus écrire, c'est certain. Plus lire non plus, c'est le vrai danger, tant l'ennui, la comparaison dépréciative et le "c'était mieux l'autre" sont garantis. Inévitables.
Toussaint s'inscrit dans la lignée littéraire du "roman nouveau", dont Minuit, sa maison d'édition, fut l'initiatrice. Un genre qui met en avant le style, avant même l'intrigue. Cela donne par exemple, dans "La vérité sur Marie", une vingtaine de pages à décrire magnifiquement bien, au vocabulaire ciselé et au rythme pénétrant, une scène absolument improbable d'une calvade d'un cheval pur-sang dans la zone de fret de l'aéroport de Kyoto au Japon, pour s'être échappé de la stalle dans laquelle il doit embarquer pour être chargé à bord d'un avion cargo en partance pour l'Europe (?!)...
Improbable, a priori carrément chiant ... et pourtant, captivant, fascinant d'attrait par la richesse du vocabulaire de la plume de Toussaint.
J'ai terminé ce chef d'oeuvre, qui a raté le Goncourt, vendredi soir. Au comptoir d'un resto où j'ai mes habitudes, avec des huitres et du champagne. Et même cela n'a pas suffit à éviter le pincement au coeur et la tristesse de la fin. De la rupture.
--- Citations tirées du livre
Elle regardait la ville qui disparaissait entièrement sous une brume pluvieuse, les yeux perdus au loin, avec cette mélancolie rêveuse qui nous étreint quand on se rend compte que le temps a passé, que quelque chose s’achève, et que, chaque fois, un peu plus, nous nous approchons de la fin, de nos amours et de nos vies.
Il lui parlait en français, il avait toujours parlé français à ses chevaux, la langue de l’amour, le français – et de la perfidie, aussi, parfois, son ombre vénéneuse.
Il ne faisait rien, il souffrait, une souffrance vague, légère, écoeurante, et pas même une souffrance, une simple nausée, plane, immobile, illimitée. Rien n’advenait. Rien, la persistance du réel.
06 novembre 2009
Trouille et citrouilles
La campagne de vaccination contre la grippe H1N1 a commencé. En même temps, se répand de ci de là, le virus et les annonces de décès associés. On hésite, va-t-on faire vacciner nos filles ou non ? De toute façon, on n’est pas éligible au vaccin avant début décembre, ça nous laisse un bon mois pour continuer à hésiter entre des non-choix mal documentés où la décision finale, dans ce monde où les statistiques dominent, reste la probabilité que nos filles s’en sortent. Un mois aussi pour finalement le chopper en toute bonne conscience.
Je pensais à cela, samedi soir dernier, à la Tulipe, dans cette ambiance confinée et surchauffée où les sueurs et autres fluides suspects potentiellement contaminés nous retombaient dessus selon le cycle d’évaporation / condensation qui sévissait dans la salle. Je me suis d’ailleurs bien marrée en voyant une Cléopâtre sortir sa micro bouteille de lotion anti bactérienne et s’en frotter les mains. L’optimisme à son meilleur.
J’ai donc dansé à la faveur d’une soirée Pop Spécial Année 80, un soir d’Halloween. Je me suis engueulée avec un Rubik’s Cube (!) qui mesurait visiblement mal le volume de son déguisement et qui envahissait dangereusement mon micro espace « Hé machin, j’ai la face rouge dans l’oeil ». J’ai ovationné avec la foule les 3 Michael Jackson quand « Beat It » a retenti dans les enceintes.
Et j’ai souri et voulu y voir un signe en entendant Gloria Gaynor m’assurer que « I will survive ».
30 octobre 2009
La Rebelle Attitude
Ce soir, Alexane est fatiguée, donc fatigante. Les directives ne sont pas suivies, tout est contesté. C'est le clash. Ma fille est en colère et, dans un mouvement d'humeur, me lance sur le ton de la menace :
- J'ai le goût de claquer la porte et de partir !
Moi, morte de rire, qui connait trop bien les (non) témérités de ma fille, je me moque doucement :
- Ah oui ? Tu serais capable de ça, toi ?
Elle réfléchit puis elle se corrige :
- Ok. J'ai goût de fermer la porte doucement et de partir !!
28 octobre 2009
Intrusion dans un monde parallèle
Ce soir, à table, Alexane montre son poing à sa soeur et lui demande :
- C'est quel animal que je cache ?
Réponse immédiate d'une Héloïse déjà à fond dans le jeu:
- Le Fuck You !
...
???
La boulette... Je le vois à Alexane qui tombe le bras et me regarde horrifiée-on-va-se-faire-engueulées et à Héloïse qui a compris, mais un peu tard, la gaffe et qui déjà s'exclame penaude "Je m'excuse, maman. Je m'excuse, maman. Je m'excuse, maman".
Là, la pédagogie voudrait qu'on reste absolument estomaquée et horrifiée devant l'étendue de la vulgarité de sa progéniture. Perso, j'ai tenu un bon 20 secondes. Le temps de continuer à entendre Héloïse psalmodier son "Je m'excuse maman" et Alexane s'exclamer "C'est pas moi qui lui aies appris!".
Comme tout parent j'imagine, je souhaite que mes filles soient bilingues. Mais je n'avais jamais envisagé que ce soit limité (ou alors, pour se la jouer optimiste, que ça commencerait par ) les insultes... F*ck Y*u... Dans la bouche de ma tout' petite. Pas encore 7 ans. Ça remet les choses en perspective.
Bon, après une première analyse de la situation, je juge que c'est récupérable. Visiblement, elles savent que c'est mal. Or il n'y a rien de plus vulgaire que des insultes dites en parfaite ignorance de la portée de ces mots. Bon, je lâche les éclats de rire que je retiens avec peine. Ça détend un peu l'atmosphère et du coup, mes filles sont plus coopératives pour répondre aux questions qui me viennent "D'où connaissez-vous ce mot ?" "Est-ce que des "amis" à l'école l'utilisent ?", "Comment ça se fait qu'Héloïse en première année le connaisse déjà ?" (encore que pour celle-là, vue la réaction d'Alexane, j'ai quelque idée sur la réponse).
J'apprends donc, sans grande surprise (leur jeunesse ressemble finalement à la notre, la version BO sans les sous-titres près) que quelques élèves utilisent le terme régulièrement, généralement accompagné d'un geste où le majeur domine... Hé bé... Un peu plus trash qu'à mon époque finalement.
Je profite aussi de la subite coopération-sinon-je-vais-vraiment-me-faire-engueulée d'Alexane pour avoir une liste assez exhaustive des gros mots mauvais mots qu'elle connait. Plus trash qu'à mon époque aussi...
Le reste du repas se termine dans le silence, et on ne saura pas quel animal se cachait dans le poing d'Alexane. Elle tente d'ailleurs un vague "...heu, d'ailleurs... ça veut dire quoi ?" que je feins de ne pas entendre. La coopération, c'est dans un seul sens, hein les CL-ones.
S'agirait que je garde quand même un minimum d'autorité parentale, bordel que diable.
19 octobre 2009
Le non-sens de la vie
Les nouvelles de Kylian sont mauvaises. Très mauvaises. Une tentative de réveil a eu lieu. Kylian s’est «réveillé» sans donner aucun signe de lien social (il ne sert pas la main qu’on lui prend, regarde fixement le plafond...). Il présente maintenant des troubles au niveau pulmonaire ainsi qu'une recrudescence d’activité cérébrale anormale, liée à la baisse des anti-épileptiques pour faciliter le réveil. Les médecins ne cachent pas que son cas, unique, leur échappe et ont replacé Kylian dans coma artificiel profond, pour tester des nouvelles molécules...
On attend donc. Encore et encore. Je ne dirais pas sans grand espoir, car il nous faut garder un espoir justement. Continuer à espérer, par besoin de se raccrocher à quelquechose, j'imagine. Comme à une bouée en cas de naufrage... Des nombreux amis et collègues me disent mettre Kylian au centre de leurs prières. Je trouve cela très réconfortant, très touchant. J'aimerais faire de même, pour tout avouer. Mais l'idée de Dieu m'échappe encore...
Je ne prie pas donc. Mais je pense à Kylian. Je le regarde, un peu, furtivement, avec mes filles qui veulent le voir, en photo. Des photos prises il y a moins de 2 mois, en des temps heureux qui ne laissaient rien présager de l'enfer à venir...
J'espère aussi donc. En quoi ? Peut-être à ce que certains appellent un miracle, qui sait ? Je ne prie pas mais me surprends à faire acte de (peu de / mauvaise) foi telle que je le pratiquais enfant : Je marche sur le bord du trottoir, "si je tombe c'est mauvais signe, sinon c'est bon signe". Je lève les yeux au ciel "si je vois passer un oiseau dans les 5 prochaines minutes, c'est bon signe". Bon, si je n'en vois pas, je me dis que de toute façon, je n'avais pas bien regardé ma montre, que ça ne compte pas (oui, mauvaise foi vous ai-je dis ...).
Je pense à ce qui arrive Kylian, mais ne parviens pas à me dire , comme certains me le disent, que c'est injuste. Il faudrait pour cela croire en une certaine justice de la vie, ce que, toute darwinienne que je suis, je ne peux envisager.
Le seul enseignement que je tire de tout cela pour le moment, c'est que la vie est fragile. Une évidence que l'on le sait tous, oui, je sais. Qu'on essaye d’oublier tant qu'on le peut. Mais qui se rappelle à nous. Parfois très cruellement... Je m'interroge encore de ce que ce rappel - quelqu'en soit l'issue- va avoir comme effet sur nous, sur mon frère, sur ma famille ? Va-t-on changer quelquechose ? Va-t-on apprendre quelquechose ? ...
Sera-t-il là, le putain de sens de cette absurdité ?...
Pour terminer, je laisse la parole à France Quéré, théologienne protestante décédée en 1995, que j'ai découverte aujourd'hui, dans une recherhce sur le web pour écrire ce post. Un mot de la fin, qui me fait envisager de passer, mine de rien, du camp des athées vers celui des agnostiques.
Un petit pas vers Dieu ?...
« Tu dis que la vie est absurde. Réfléchis encore. Te plairait-il que son sens t'ait été donné dans une aveuglante clarté, dès ton premier jour ? Tu te plaindrais d'être ligoté dans son impersonnelle évidence, chargé de préceptes obligatoires et de dogmes irréfutables. Le sens passe par un chemin lent, tortueux, faiblement éclairé, mais qui osera dire que le sens de sa vie n'est pas une œuvre de sa liberté. »
18 octobre 2009
De la dureté de l'accent
On parle d'accent français. D'Héloïse qui l'a, alors qu'Alexane a plutot l'accent québécois. Ou plus exactement, pour reprendre ses propres termes, qui a "l'accent mou, hein maman?".
- L'accent mou ? Ça veut dire quoi ?
Alexane, déjà agacée (dès qu'on ne comprend pas du premier coup)
- Ben oui, je n'ai pas l'accent pointu de France. J'ai l'accent mou, quoi.
- Heu.... Ah ouais, c'est pas faux.
14 octobre 2009
Ceci est un quiz
Lundi, avec une amie, on profite de ce jour béni de l'Action de Grâce pour aller batifoler en forêt et admirer une dernière fois les superbes couleurs de l'automne. Direction St Jérôme et le parc des chutes Wilson. On batifole donc, puis tombons nez à nez avec un panneau qui indique , de façon obscure, comment bien se comporter en ce parc national.
On en rit encore, à imaginer le stagiaire avec son pyrograveur, en train d'essayer de pictogrammiser (si ça existe comme verbe) les différentes interdictions :
Si on les range dans l'ordre suivant :
1. 2. 3. 4. 5.
6. 7. 8. 9. 10.
Je tenterais les interdictions suivantes :
1. Camping (pantalon pattes d'éph'?) interdit
2. Basset télécommandé interdit
3. Bébé africain interdit (l'est raciste en plus le stagiaire, rhoooooooo)
4. Hache interdite
5. Vélo interdit (bizarre... ce parc a une piste cyclable ...)
6. Voiture interdite
7. Feu interdit
8. Bodybuilder musclé surtout du bras gauche interdit
9. Moto interdite
10. Doberman interdit
Vous diriez quoi, vous ? ...
13 octobre 2009
Quelques mots d'amour
"Maman, je t'aime formidablement fort".
D'Héloïse, dit dans un de ces sourires lumineux dont elle a le secret.
Avec un petit air amusé de la musicalité de sa phrase inventée.
....formidablement fort...
J'adore.






