Il y a un mystère dans les ruelles du Plateau. Un envers du décor qui embaume le lilas et empeste la crotte de chien. Certaines ruelles ont des allures de boulevard tandis que d'autres sont étroites comme des coupes-gorge qui, allez savoir pourquoi, me rappellent certains titres de Modiano ("Rue des boutiques obscures", "Quartier perdu" ou encore "Fleurs de ruine"...).

Dans ces ruelles, j'ai vu des jardins dignes des 1001 nuits et entre-aperçu au travers d'une fenêtre sombre un couple de vieux, statues de cire improbables, qui regardaient la TV.

J'y ai rencontré un renne encore tout enguirlandé, remisé là pour l'été et dont on se souviendra peut-être au prochain Noël.

J'y ai croisé une excentrique aux lunettes trop noires pour ce temps de pluie qui promenait ses deux caniches géants coiffés à la lionne.

26_05_08_1536

J'y ai lu de profondes pensées, tagguées sur les palissades à coté d'oeuvres urbaines plus au moins réussies.

26_05_08_1528

Mais de Réjean Ducharme, point.

Alors que faire ? Lui écrire, via sa maison d'édition Gallimard, comme me le suggère un ami ? Et bien soit.  Cherchons ce café (ce "café de la jeunesse perdue", encore Modiano), demandons un stylo et du papier, et commençons :

"Cher Réjean Ducharme...".