Un des plaisirs de travailler au centre-ville est de n'être pas loin du Musée des Beaux Arts de Montréal. Quand le temps est gris, quand il fait trop chaud, trop froid, quand la techno-technique me pèse trop, quand j'ai envie d'un vent d'art et de créativité, j'y vais. Une petite demi-heure entre midi et 13h, la déconnexion est assurée (ah, la salle consacrée au grand sculpteur québécois Alfred Laliberté...).

Actuellement, l'exposition temporaire est consacrée à Yves Saint-Laurent, en une rétrospective de 40 ans de création. Ironie du sort, l'expo a commencé le 29 mai...alors que le célèbre créateur s'éteignait 2 jours plus tard, le 1er juin.

ysl

Malheureuse coïncidence, génial concours de circonstances, ou simplement hype de début d'expo, on ne le saura jamais, mais en ce mardi midi, j'ai été étonnée du monde (des femmes, devrais-je préciser) qui défilait devant les centaines de créations exposées sur autant de mannequins de plastique.

Une expo haute en couleurs, en tissus, en ambiance très chic et très Paris Rive Droite. Des robes, des ensemble si YSL. Sublimes... et immettables. Du ravissement pour les yeux, une incursion dans le monde fermé de la Couture avec un grand C. Un regard intelligent sur les sources d'inspiration de l'homme derrière tout cela. Du rêve en taffetas, soie, organza et tulle. De la paillette jetée aux yeux.

Mon seul étonnement, dans toute cette magie du vêtement, a été la lecture du livre d'or à la sortie. L'enthousiasme, à la rigueur je le comprends, mais l'accent mis sur "la mise en valeur de la femme d'Yves Saint-Laurent qui a su transcender l'idée même de la féminité", bla bla bla. Là je dis non.

Certes, le choix des étoffes, des couleurs, des agencement a effectivement quelquechose de féminin. Mais que dire des courbes (élancées, trop rectilignes) et des mensurations (trop grandes, trop minces, trop longilignes) des mannequins ?

J'ai toujours aimé le paradoxe de la mode, qui est de vouloir se démarquer en s'habillant comme tout le monde, avec des vêtements créés par des hommes qui n'aiment pas les femmes. Et cette exposition le révèle très justement. C'est superbe, magnifique, irréprochable... sinon dans l'ôde à la femme tel qu'on essaye de nous vendre le message du créateur.

La dernière parole revient à Eric Chevillard, qui résumait cela (très élégamment comme toujours et c'est la moindre des choses quand on parle d'un créateur de mode): 

"Allons, allons, là où il est maintenant, Yves Saint Laurent va pouvoir continuer à habiller des squelettes".