Je viens de terminer le dernier Jean-Paul Dubois, "Les accommodements raisonnables". Un titre en forme de clin d'oeil à l'actualité québécoise mais qui, dans ce livre, réfère aux petits accommodements que l'on passe avec soi-même pour supporter sa vie et nos petites lâchetés quotidiennes.

Rien de plus que du Dubois, en bonne et due forme. Un livre comme suite logique à "La vie française", qui lui avait valu le Prix Fémina en 2004. Sans surprise, on y retrouve une critique de l'actualité politique française, un regard d'incompréhension fascinée pour les Etats-Unis, avec toujours en arrière plan une déprime latente. L'histoire, écrite au "je" as usual, relate une tranche de vie qui nous laisse sans grand espoir au moment de fermer le bouquin.

Au fond, je me demande si je n'aime pas Dubois précisémment pour cela, pour ce coté prévisible. De même que l'on lit Irving pour entendre parler de lutte, Jardin pour des histoires d'amours niaises, Zola pour les classes laborieuses et Nothomb pour son nombril...

Mais tout de même, je n'ai pu m'empêcher d'être déçue. Un peu agacée par cet auteur qui ne se renouvelle plus. Ceci dit, je n'oublierai jamais - et pour cela même, je ne saurai le détester vraiment - que c'est ce même Dubois qui aura si bien exprimé l'absurdité et l'insignifiance de nos petites vies en cette phrase, la dernière de son roman "Tous les matins je me lève", phrase dont le titre du roman est d'ailleurs extrait :

Je ne crois en rien, je ne vaux pas grand-chose. Et pourtant tous les matins, je me lève.

Il est temps d'abandonner Dubois et de revenir à cet autre auteur, à l'imagination si fertile qu'il est bien difficile pour le coup de trouver un lien entre ses livres, j'ai nommé Réjean Ducharme. Allons-y pour "L'océantume". A suivre...

--------  Citations extraites des "Accommodements raisonnables"

Il était à l'âge charnière où l'on pouvait encore deviner l'enfant imbuvable qu'il avait été et voir déjà poindre le sale con qu'il s'apprêtait à devenir.

Paul, vous êtes le prétendu garant de quelquechose qui n'existe plus depuis longtemps : l'esprit français.

Je me demandai pourquoi nous ne faisions jamais ce à quoi nous pensions toute notre vie.

J'avais envie de croire que Selma avait pris ma douleur comme ma mère prétendait le faire lorsque j'étais enfant. J'aimais l'idée de pouvoir se saisir de la souffrance de la personne que l'on aime et de l'en décharger d'un geste, comme on retire une couverture.

Les types qui pratiquent le golf l'ont choisi par défaut, parce qu'ils ont échoué dans d'autres disciplines par manque de vitesse, d'adresse, d'endurance ou de force. Le golfeur dissimule une petite infirmité, c'est pour ça qu'il fait son parcours en voiturette électrique.

30 ans de vie commune pour arriver à une nuit telle que celle-ci. Cela en disait long sur le courage et l'aveuglement de l'espèce.