28 août 2009
With Old Navy, la croisière s'amuse
Nadia, la
cinquantaine, caissière chez Old Navy, m’accueille avec un sourire à glacer un
mort. Elle me marmonne un truc que je ne comprends pas et que je lui demande
poliment de répéter « Pardon ? ». Elle me regarde d’un œil morne où l’exaspération
aimerait poindre si seulement il lui restait un brin d’énergie. Elle soupire et je sens sa lassitude augmenter
dans l’effort louable qu’elle fait pour me répondre en français « Vous me
donnes ton email addresse s’il te plait ? ».
Je suis
désolée de l’ennuyer et je m’en veux d’avoir rater sa requête première. Je
voudrais bien l’aider, scanner moi-même les articles que j’ai achetés, je sais pas moi, faire un
truc pour la soulager un peu. C’est la première fois que je me
sens aussi mal en tant que cliente...
Puis mon regard se pose sur son badge, agrafé sur sa poitrine. Le badge Old Navy type apparemment. Sur lequel est écrit son prénom. Et cette phrase qui résume à elle-seule la catégorie de ce post, l’immonde hypocrisie d’une chaine de vêtement. Sur son badge donc, est écrit « Nadia s’amuse avec nous depuis 2005 ».
…
Nadia a raison d’être fatiguée. 4 ans qu’elle a cessé d’être une employée qui travaille 8h par jour pour assurer le minimum à la maison (je sais, j’aime bien Cosette) pour être, de façon beaucoup plus positive, « une partenaire qui s’amuse depuis 2005 ».
...
Old Navy is really a Vieux Con.
25 août 2009
La drague comparée
Ironie du sort, alors même que j'étais en France, où les regards se font insistants, où les hommes vous sourient, où soudain, comme par miracle, vous prenez forme alors qu'au Québec vous n'êtes que fantôme transparente, je recevais l'avis d'un lancement de livre. D'un ami, Jean-Sébastien Marsan, québécois, et l'information est d'importance, car son bouquin, co-écrit avec une française Emmanuelle Gril, traite de la drague au Québec. Ou plutôt du manque de drague de la part des québécois.
Le lancement du livre "Les Québécois ne veulent plus draguer... et encore moins séduire" aura lieu...
OÙ : Café Laïka, 4040, boul. Saint-Laurent (angle Duluth), Montréal.
QUAND : le mardi 8 septembre 2009, de 17h à 19h.
Le blogue du livre du livre se trouve à l'adresse ladrague.qc.ca.
Et même que, si vous êtes curieux, vous me trouverez citée (2 fois !) en page 13, ici. Rendez-vous le 8 !
Twin Question
Au zoo, on
croise une famille avec des triplés. Trois clones à l’identique, sentiment
troublant rehaussé par le fait que les trois bambins sont coiffés et habillés
exactement de la même façon.
Deux jours plus
tard, hasard, coïncidence ou heures de profonde réflexion de ma poupoune,
Héloïse me demande
La question
me fait sourire. Je lui explique que oui, que deux enfants sont jumeaux parce
qu’ils sont nés le même jour au même moment, que cela ne changera jamais et que
donc ils seront jumeaux tout le temps.
«Ah. Ok ».
Mais je vois à son
air préoccupé que quelque chose cloche. Qui ne tarde pas à sortir, dans la
question suivante : « Mais z’alors, ça veut dire que quand y en a un
qui va chez le coiffeur, l’autre, il a les cheveux qui rétrécissent en même
temps ? ».
…
18 août 2009
La France de mon enfance
Ce qui me manque le plus au Québec, ce sont les marchés français. Les étals qui s’installent tôt le matin, les maraîchers qui interpellent les gens, les odeurs mêlées d’herbes et de légumes. Et les étals de fleurs... Mes frères et moi y allions souvent le dimanche avec mon père. Invariablement, ma mère me prenait en aparté : « Dis à ton père de ne pas me ramener de fleurs cette fois, c’est cher ». Puis le marché, le fleuriste. Mon père qui me demandait mon avis et que je n’osais contrarier dans son envie de ramener un bouquet à sa femme. Je choisissais toujours un bouquet de roses. Rouge, rose ou orange, selon mes envies et la beauté des fleurs. Puis, quand nous rentrions, le sourire ravi de ma mère, et son regard à peine teinté de reproche , pour la forme « CL, je t’avais pourtant bien dit... ».
Dimanche dernier, je suis allée au marché de
Vitrolles, où habite maintenant mon père. Ancien fief FN (le parti d’extrême
droite français) pour cause de présence arabe nord-africaine importante dans la
cité et de conséquences malheureuses d’une intégration difficile, la ville est
redevenue rose (PS) il y a quelques années. Le marché reflète les composantes variées de la ville. Des étals proposent des nihabs et des djellabas
(mais point de burqa), à coté des stands de dessous affriolants et de strings
en dentelles couleur léopard. Les épices à couscous côtoient les herbes de Provence (NDLR : oui, Jacinthe, je pense à ta commande), et des traiteurs
proposent du couscous prêt à emporter. Dont une version ... avec
des pâtes au lieu de la semoule !
De vieilles femmes ridées et voilées parlent
arabe à leur fille ou petits-fils qui leur répondent en français, avec un
accent qui n’est pas celui du Sud, ni celui de la banlieue. Mais l’accent
de l’intégration, aux sonorités méditerranéennes aussi mêlées que les odeurs du marché.
Loin de
la France de mon enfance, en vérité, mais à l’image de cette autre Nouvelle France, en
terre française.
17 août 2009
Cousins, cousines
Scène 1
Alexane raconte à son cousin Kylian notre
journée au parc d’attraction de la région, Magic-Land.
- Avec
Papy, je suis montée sur le bateau pirate. Ça a beaucoup brassé et j’ai eu à
moitié envie de vomir. Mais, heureusement, j’avais aussi à moitié envie de
pas vomir, alors je n’ai pas vomi.
Scène 2
Nous sommes à table, avec mon frère Marc, sa
compagne et notre mère. Alors que nous discutons entre adultes, Kylian
s’approche, enlace sa grand-mère, l’embrasse doucement et lui dit
« Mamoune, je t’aime... ». Moment suspendu, on se tait. Mamoune est
toute émue et l’ange des petits bonheurs familiaux passe...
Puis Kylian, se tournant vers des cousines, s’exclame
« Alexane, Héloïse ! Ça y est, j’ai fait
mon gage ! »
...
13 août 2009
Il y a les cigales aussi
On sait que l’on est touriste en Provence quand
on s’émerveille en entendant chanter les cigales. Quand je pense, il y a des
années, quand j’étais une habitante officielle de la région, comment je me foutais
de ces extases touristiques, moi qui me lamentais sur ces sales bestioles
qui dérangeaient mes siestes...
Bref, nous sommes en voiture, dans les petites
routes de campagnes provençales qui serpentent entre les vignes et les champs
de tournesols. « Vous entendez le bruit dehors les filles ? ». Acquiescement
mou à l’arrière. « Hum hum ». Séance pédago, je leur explique que ce
sont uniquement les mâles qui chantent en frottant leurs ailes l’une contre
l’autre, pour attirer les femelles. Silence à l’arrière de la voiture. Ok,
ce sont les vacances, elles aussi ont le droit à un break, me dis-je, passablement
vexée tout de même de cette leçon ignorée.
Puis, soudain, Alexane « Ça, ça
veut dire que les cigales ne sont pas sourdes, hein, maman? ».
[Ou, ai-je pensé, que les cigales sourdes ne se
font jamais de mecs. On le sait tous, la Nature est bien faite mais sait être cruelle.
Mais j’ai préféré me taire et laisser la conversation se terminer sur les
hauteurs de vue de ma fille plutôt que sur les basses considérations darwiniennes de sa
mère]
11 août 2009
Il y a le ciel, le soleil et la mer
Hier, la plage.
Ça sonne cool, dit comme ça. Wouha, la plage en Provence ! Je vous épargne les galères de stationnements, puis la recherche du cm2 utile pour déposer les serviettes. Maillots de bain, crème solaire, finalement nous sommes dans l’eau. Avec toute la foule de ceux qui ont squatté les places de stationnement. Comme quoi, tout se tient. Mais bon, on ne va pas se plaindre non plus, hein.
La plage est de sable. Une manne pour mes
CL-ones. Encore que, sans seau, sans pelle, ni râteau (hé, quand même, j’ai pensé
à la crème solaire, hein ?!). Pas de problème, mes filles innovent.
A notre droite, il y a un papa qui veut impressionner
sa fillette et qui utilise en virtuose le seau Barbie. Son château de sable est
sophistiqué, 4 tourelles aux 4 coins, des remparts à créneau, le tunnel qui va bien
pour que l’eau à chaque vague inonde l’enceinte.
Mes filles, elles, collectent tous les gros cailloux
de la plage ou qu’elles vont chercher au fond de l’eau. Elles les disposent en
une muraille incertaine, tout en rond. Au milieu, elles creusent, et comme le
barrage est assez étanche, elles remplissent d’eau le centre avec une des
chaussures d’Héloïse.
Je snobe le château d’à coté, de toute façon, Ça
va, j’faisais mes frères faisaient les mêmes quand j’étais p’tite, Ça
ne m’impressionne pas beaucoup. Je félicite vivement mes fillettes « Bravo,
les filles. Il est super votre château !! ». Et Héloïse, de me jeter un
regard étonné. « Mais maman... C’est pas un château. C’est un égout
!».
...
Je pense être la seule maman de toutes les plages de toute la Méditerranée à avoir des enfants qui fabriquent ... des égouts de sable. La CL-asse quand même, non ?
Puis de sourire, l’orgueil au max, quand le p’tit con du coin, version estivale du p’tit con des bacs à sac, débarque avec sa pelle pour raser en 2 secondes le beau château de la Princesse partie nager avec son papa-constructeur. Le nain peut toujours se lever tôt, ça va lui prendre du temps pour déménager les égouts de mes filles.
‘TAIN COMME CHUI FIERE !!!
05 août 2009
Cette inconnue qui ne l’est pas restée longtemps
Dimanche matin, dans un salon de coiffure dans lequel je me suis réfugiée de la pluie. Une coiffeuse est libre, qui va s'occuper de moi. Je ne pensais pas qu'elle se sentirait obligée de pallier au manque de magazines people qui existent en général dans ce genre de lieu....
Elle a 22
ans, elle a déménagé à Montréal il y a un an. En fin de semaine, elle va emménager
au dessus du salon de coiffure parce qu’elle en a marre du métro. 2 stations matin et soir c’est chiant. En plus,
là, elle va être à coté des bars où elle sort tout le temps. "Le mec avant vous était trop cute, vous trouvez pas ?" Il s’appelle
Kévin, Il est danseur nu dans un club « Vous croyez qu’il est gay ? ».
En même temps, elle a réussi à avoir son
numéro de téléphone et il lui a demandé de l’appeler ce soir, il pourra la faire
rentrer gratos au Parking . En plus, vu le prix de l’entrée, c’est bien qu’il a
une idée derrière la tête, non ? « Il est peut-être aux deux, qu’est-ce
que vous en pensez ? ».
Bah, ça ne la
dérangerait pas. Il tombe bien de toute façon, justement, elle a besoin de ça
en ce moment pour sa confiance en elle. Faut dire qu’elle a été larguée assez méchamment
il y a 3 mois « après 3 ans, vous vous rendez compte ? ». Du coup la
semaine dernière, elle a été recouvrir l’os qu’elle s’était fait tatouer avec
son ex. Elle ne savait quoi, alors elle
a choisi un scorpion parce qu’elle est née le 4 novembre. « Tenez, il est
comme ça » me dit-elle en me montrant une photo sur son cellulaire. Elle ne peut pas me
le montrer pour vrai, il est tatoué sur sa fesse droite. Elle a tellement
mal au cul quand elle s’assoit.
Elle a hâte
à la semaine prochaine, elle va être en vacances. Elle va la passer chez ses
parents. Ils ne savent pas qu’elle est tatouée et elle doit faire gaffe quand sa
mère rentre dans la salle de bain.
Pour ce
soir, elle se demande ce qu’elle devrait porter. D’un autre coté si elle a
réussi à lui plaire en jogging, c’est qu’il est cool. Elle va juste faire gaffe
de ne pas faire comme la semaine dernière. Elle s’était habillée classe, jeans
et talons hauts, chemise décolletée et qui montrait son piercing. Elle a un peu
déconné, 10 shooters en moins de 15 minutes, elle a fini par danser en
brassière. Heureusement son meilleur ami, qui est gay, était là pour la
ramener. Tiens, il faut justement qu’elle l’appelle pour ce soir, savoir si il
est libre, il pourra lui dire pour Kevin, si il est bi ou pas.
…
03 août 2009
Une certaine idée de la paix
Dimanche midi, dans une rue du Village.
Ce sont deux hommes dans la mi-trentaine qui se tiennent par la main. L'un d'eux pousse une poussette dans laquelle est assis un enfant tout sourire. Un an, je dirais. La scène respire la paix, la simplicité, même. Mais ce qui étonne le plus, peut-être, c'est l'indifférence des gens alentour. Rien de bizarre, rien de curieux. Tout est normal.
C'est à cela qu'il nous faut aspirer. A cette paix évidente, dans l'indifférence du monde autour. Une paix qu'on n'aurait pas crue, impossible il y a encore des années. Ou même maintenant, ailleurs.
C'est cela Montréal. La paix dans l'indifférence. Le droit à la différence. Dans une évidence indiscutable.
(et c'est pour cela que j'aime ma ville, pour cette idée certaine de la paix)
02 août 2009
Mon lecteur mp3 se croit au Festival Juste Pour Rire
Ce midi, déluge au dehors.
Dans mes oreilles "It's raining again", de Supertramp...
[... Même pas drole. Presque failli le mettre dans la catégorie "Connard du jour"...]




