30 novembre 2009
C'est un miracle
Kylian sort de l'hôpital à la fin de la semaine. Il va passer quelques semaines dans un centre de ré-éducation pour fortifier ses muscles atrophiés par près de 3 mois passés couché, et suivre quelques séances d'orthophonie car il bute sur certains mots quand il parle.
Mais sinon il discute, il écrit, il compte. Il a retrouvé les règles de ses jeux de cartes favoris, il regarde la TV et répond au téléphone. Il marche aussi, et voudrait déjà se remettre à courir. Il ne reprendra pas l'école avant la rentrée prochaine, pour laisser le temps à son cerveau de se ré-adapter et n'être pas saturé par de nouveaux apprentissages.
C'est un miracle, et le mot est des médecins eux-même qui n'y comprennent rien. Depuis son réveil, il y a 3 semaines, Kylian n'a cessé de progresser, de façon rapide et inattendue. Mais surtout, et la chose est très étrange, sans aucune cohérence ce que mesuraient les électo-encéphalogrammes, qui continuaient à le dire quasiment en mort cérébrale... alors qu'il riait et parlait... Inexpliqué.
Les dernières mesures prises il y a 2 jours semblent se ré-aligner doucement sur le comportement de Kylian. Comme si elles n'avaient pas le choix. Personne ne sait, personne ne comprend...
Marc, mon frère, me dit qu'il a l'impression d'émerger doucement d'un cauchemard qui aura duré 2 mois, qui se fond peu à peu dans le passé. Et dont on n'espère surtout qu'il ne reviendra pas. Car, et c'est la rançon de toutes ces imcompréhensions, ce qu'a eu Kylian demeure inconnu.
C'est une épée de Damoclès que l'on va essaye d'oublier vite, pour nous réjouir tous de cette fin, aussi inattendue et heureuse qu'incroyable.
28 novembre 2009
L'holocauste pour les moins de 8 ans
Telle mère, telles filles, mes CL-ones aiment aussi Jean-Jacques Goldman (j'assume et je vous emm...). Avec une affection particulière pour "Comme toi". J'avais 11 ans, en 1982, quand cette chanson est sortie. Eté 82, même. Les monos de la colonie où j'étais allée n'avaient cessé de l'écouter et je me souviens parfaitement du mélange de tristesse et d'émotion diffuse qui m'étreignaient à chaque écoute.
Elle avait les yeux clairs
Et la robe en velours
A coté de sa mère
Et la famille autour
Elle pose un peu distraite
Au doux soleil de la fin du jour
La photo n'est pas bonne
Mais l'on peut y voir
Le bonheur en personne
Et la douceur d'un soir
Elle aimait la musique
Surtout Schumann et puis Mozart
Une douce mélancolie me prenait, et je réalise que j'en ignorais l'origine. Les violons et l'air lent de la musique ? La même tristesse et la même mélancolie que mes filles ressentent, et qu'elles recherchent quand elles me demandent cette chanson.
Elle s'appelait Sarah
Elle n'avait pas huit ans
Sa vie, c'était douceur,
Rêves, et nuages blancs
Mais d'autres gens
En avaient décidé autrement
Je leur ai demandé ce qu'elles comprenaient de la chanson, quelle était l'histoire de la petite Sarah. Elles n'ont pas bien su. "Elle s'appelle Sarah". Puis "Ça raconte quoi, maman, comme histoire ?". Merde... J'aurais pas dû commencer... J'ai hésité, que leur dire ? Je leur ai parlé du monsieur qui chante cette chanson pour sa petite fille.
"C'est Sarah, sa fille, dis maman ?". Non, il raconte à sa fille, dont on ne connait pas le nom, l'histoire d'une autre petite fille qui s'appelle Sarah. Elle est née il y a très longtemps, à Varsovie. Varsovie, c'est une ville d'un pays qui s'appelle la Pologne, où il y a eu la guerre.
Elle avait tes yeux clairs
Et elle avait ton âge
C'était une petite fille
Sans histoires et très sage
Mais elle n'est pas née
Comme toi ici et maintenant!
"Sarah, elle était dans une ville en guerre ? Mais qu'est-ce qu'il lui est arrivé ?". Le papa, il raconte à fille à quel point elle a de la chance d'être née dans un pays en paix, comme vous, ici à Montréal au Canada. La chanson ne dit pas ce qu'il est arrivé à la petite Sarah, peut-être qu'elle est morte pendant la guerre ?...
"Elle est morte ?! A 8 ans ?!". Oops, je sens que la session pédago est en train de virer en séance psycho. Mais en même temps, doit-on tout leur cacher ? Je veux leur faire comprendre à quel point on a de la chance de vivre dans un pays en paix, que d'autres enfants n'ont pas cette chance.
Mais doit-on leur expliquer que ces autres enfants en meurent ? ...
Comment leur expliquer tout cela ?
Comment concilier le devoir de mémoire au devoir de protection parentale ?
Les protégeons-nous trop ?
Mais en même temps, elles sont (surtout Alexane) si sensibles ?
Comment faire ? Quoi dire ?... [le premier qui me dit "faut déjà arréter JJG" @#$!]
Sont-elles trop jeunes ?
J'ai botté en touche. "On ne sait pas ce qui est arrivé à la petite Sarah. Peut-être qu'elle a vécu, peut-être qu'elle est morte parce que c'était la guerre"...
Et me suis demandée, à quel âge, l'holocauste ?...
Oeuvre : The Death Row de Tone
25 novembre 2009
Bloody Wednesday
Journée de daube, qui a commencé avec la (très mauvaise) idée de venir au bureau en caisse. 'tain de caisse qui tombe en ruine et qui est tellement pourrie que la seule façon de lui donner de la valeur, c'est de faire le plein d'essence.
Tellement pourrave que la première grippe et accroche et rend les démarrages longs et incertains. Ce qui n'a pas manqué énerver mon connard du jour, déjà à fond sur le klaxon à peine le feu passé vert. Allez savoir pourquoi, Wednesday Bloody Wednesday, j'ai - mal - réagi. Je lui ai pointé un majeur qui, sans fausse prétention, n'avait rien à envier aux Fuck You de la cours d'école de mes filles...
Shame on me.
Et de me dire ce soir que, si les cons commencent à nous rendre conne, il faut se méfier.
C'est qu'ils gagnent du terrain....
24 novembre 2009
Que quelqu'un m'attende
J'ai atterri 2 fois en l'espace de 5 jours à Montréal. Les sorties d'aéroport quand on revient de voyage d'affaires n'ont pas l'émotion des retours de voyage personnel. Personne n'est venu vous chercher pour vous épargner la navette ou le taxi ("le taxi, on s'en fout, c'est la boite qui paye").
D'ailleurs, quand on voyage pour le boulot, les touristes nous emmerdent. Ils débarquent à plusieurs, reposés et détendus, ils squattent la douane et nous narguent de leur bronzage pendant qu'on exhibe notre teint pâle des salles climatisées.
Ce soir, petite crise romantique pour cause de down de fatigue, je pensai à cela, au taxi à chercher (encore une file d'attente...) en anticipant avec un petit pincement au coeur ceux qui devaient déjà être là, derrière les barrières de sécurité, avec leur ballons gonflés à l'hélium "Welcome!!" et les bouquets de fleurs. Je repensai au titre d'un bouquin d'Anna Gavalda "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part". Séquence auto-apitoiement...
J'ai dû rêver trop fort, le douanier a dû entendre mon blues de la business woman qui voudrait que quelqu'un l'attende, parce qu'il m'a dit avec un sourire charmant "Par ici, mademoiselle".
'TAIN, INSPECTION COMPLETE DES BAGAGES POUR VERIFIER QUE JE N'AVAIS EFFECTIVEMENT RIEN A DECLARER !!
Si monsieur, deux voyages aux states en une semaine, ça s'peut, pfui...
Ouiiiiinnnnnnn.
'tain, heureusement, à la sortie, du coup, il n'y avait plus personne.
Dommage, j'aurais bien crevé deux troix ballons ...
23 novembre 2009
Héloïse, ce matin, sur le chemin de l'école
m'annonce, assez fière d'elle, "Tu sais maman, depuis que je suis née, je ne suis pas morte une fois".
22 novembre 2009
Hors de tout doute
J'ai vécu en l'espace d'une dizaine de jours deux soirées très différentes et à la fois étonnantes de similitude, l'une semblant être une copie déformée de l'autre.
Il y a deux semaines, j'assistai à la représentation de "12 hommes en colère" montée par une troupe québécoise de théatre amateur Histrion. Cette pièce, écrite dans les années 50 par Réginald Rose, raconte la délibération de 12 jurés à l'issue d'un procès où un homme, dans la vingtaine, mauvais garçon, maltraité par son père, est accusé du meurtre de celui-ci. Selon la justice américaine, pour qu'un jugement soit rendu, les 12 jurés doivent voter à l'unanimité pour un verdict hors de tout doute raisonnable. La pièce commence par un premier vote, où 11 des jurés votent coupable et le dernier non coupable. Durant les 2h que dure la pièce, le juré sceptique persuadera peu à peu, non pas de l'innocence du présumé coupable, mais d'une certaine incertitude quant aux preuves présentées en cour.
La semaine dernière, je rencontrai un collègue originaire de Floride. Il nous a raconté le procès auquel il a participé en septembre. Le présumé coupable, un jeune homme dans la vingtaine, présenté par de nombreux témoins comme un bon gars, était accusé du meurtre non prémédité de son bébé de 2 mois. L'enfant est décédé des suite du syndrome de l'enfant secoué. La défense portait sur le coté exceptionnel du geste, alors que l'accusation tentait de prouver le caractère violent du père.
Il nous a tout expliqué en détails, les minutes détaillées une à une pendant les 5 jours qu'a duré le procés, entre 20h30, heure où la mère a laissé le bébé sous la garde du père et 23h50, heure du constat du décès de l'enfant. Il a raconté l'autopsie, les caractéristiques uniques au syndrome de bébé secoué (i.e. le sang uniformément réparti dans l'ensemble de la boite cranienne et les yeux injectés du sang venu via le nerf optique), la suspicion de violence sur nourrison, qui avait été reçu un mois auparavant aux urgences pour fémur cassé. L'explication médico-légale sur comment on casse un fémur à un nourrisson. Le témoignage de la mère, folle de culpabilité, qui innocentait le père et prenait toutes les fautes sous sa responsabilité.
Dans ce procès, comme dans "12 hommes en colère", le premier vote a aussi été de 11 coupable contre un non coupable. Une femme, pas convaincue non plus de l'innocence du père, mais qui ne pouvait voter coupable hors de tout doute raisonnable. La délibération a duré 4h pour finir sur un verdict de culpabilité.
Je repensai à ces deux histoires.
Deux tristes histoires de pauvres gens. Avec un mort en victime finale.
Un parricide contre un infanticide.
Un sceptique qui a convaincut les autres contre une sceptique que les autres ont convaincue.
Un innocenté contre un coupable.
Et me disais que, comme souvent, la réalité dépassait à nouveau la fiction.
20 novembre 2009
La terre est bleue comme une orange
Je n'ai jamais compris les subtilités, ni donc les émotions, de la poésie en général. Le cas particulier de Paul Eluard, sans rien y comprendre non plus, m'a toujours intriguée. Cette façon d'aligner les mots, dans un désordre à se demander ce qu'il a bien pu fumer, qui donne des phrases au sens obscur telle que celle ci : la terre est bleue comme une orange.
Il semble cependant que la signification du vers n'ait pas échappé à tous. Je peux même témoigner que www.aquarelle.com, site de livraison de fleurs, m'en a fait récemment une brillante interprétation.
J'ai commandé pour ma mémé, blessée suite à un accident de voiture et qui se remet doucement de ses fractures aux cotes, ce bouquet de fleurs judicieusement intitulé Bleu Indigo.
Le service est impeccable, avant la livraison, Aquarelle nous envoit une photo du bouquet qui sera livré. Avec cette note :
Votre bouquet ou plante a été pris en photo quelques minutes avant son départ, dans son emballage. Cette photo vous permet de vérifier que le choix de votre produit a bien été respecté. A la différence de la photo du catalogue qui présente des fleurs ouvertes, nous envoyons des fleurs fraîchement coupées et fermées, pour que le bouquet s'épanouisse pleinement chez le destinataire.
Hum.... j'ai eu du mal à "vérifier que le choix de mon produit a été bien respecté"... J'ai bien pensé à blâmer la qualité de l'appareil-photo. Puis j'ai pensé à Eluard.
La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
La terre est bleue comme une orange.... Votre bouquet est jaune comme le bleu indigo...
Heu, ben....Ok alors.
Merci Aquarelle.
19 novembre 2009
Quelle ivresse
Je suis à Atlanta, dans une salle climatisée et sans fenêtre dans laquelle j'assiste à un meeting de normalisation. Je suis assise devant mon ordi, un verre de Sprite avec moi, posé à ma gauche. Je prends une gorgée. De l'eau ? Surprise. Je réalise que j'ai saisi par erreur le verre posé à ma droite, laissé là par un mec sorti temporairement de la salle. Par réflexe et par dégout, je recrache l'eau dans le verre.
Quand il est revenu, je n'ai pas eu le temps de le prévenir, il a vidé son verre.
Du coup je n'ai rien dit...
12 novembre 2009
Qui héritera des héritières ?
Alexane, ce soir, à table:
- Si toi et papa vous mourrez, où est-ce qu'on va aller ? (et bon appétit les amis...)
- Bien, vous iriez probablement vivre chez tonton Tone. (Bon nouvelle mon bro', hein ?)
- Oui, mais si Tonton Tone il est mort aussi ? (Pfui... ça va être long ce dîner...)
- Et bien peut-être chez vos grands-parents ? Ou chez Marraine Aline à Rome, pourquoi pas ?
Héloïse, qui ne disait rien jusqu'à présent, se décide à intervenir:
- Non, ce serait du gaspillage ! (allons bon)
- ??? Qu'en-ce qui serait du gaspillage, ma chérie ?
- Ben, en Italie, il fait chaud. Alors ce serait du gaspillage ! (Y a des jours où je suis fatiguéeeeeeeee....)
- Mais QU'EST-CE QUI serait du gaspillage, Héloïse ?
- Ben, les polaires et les manteaux d'hiver que vous nous avez achetés !
- ...
- Non. On ne peut pas aller vivre là-bas si vous mourrez.
Et Alexane, déjà aux limites de l'angoisse :
- De toute façon, vous allez pas mourir papa et toi, hein ?
- Mais non, ma chérie, ne t'inquiète pas. Ce serait vraiment trop de gaspillage.
10 novembre 2009
Les limites de la science
Kylian les dépasse un peu plus chaque jour, et ceci est une excellente nouvelle.
Que je vous explique, car je sais que vous êtes nombreux à suivre l'évolution de son étrange mal. La semaine dernière, les médecins ont tenté un troisième - et dernier...- réveil pour le sortir du coma. Les électro-encéphalogrammes prédisaient le pire coté impact cérébral. Or son réveil ne reflète en rien ces analyses de son activité électrique.
Ses mouvements se coordonnent peu à peu. Il commence à saisir des objets, à mettre ses lunettes pour regarder la TV. Il reconnait le monde autour de lui et a même réussi à saisir un crayon pour dessiner un coeur pour une infirmière qu'il affectionne particulièrement !!
Il respire maintenant par lui-même, sans les tubes de trachéotomie, et peut rester assis assez longtemps. A cause de la trachéotomie, il ne peut pas encore parler, ce qui semble le frustrer beaucoup, mais il parvient à s’exprimer par gestes.
Il conserve néanmoins des convulsions internes, qui se répètent quasi journellement, quelques fois plusieurs fois par jour, mais qui restent courtes et sans dommage pour le cerveau selon les médecins (qui osent encore avoir un avis, mais on ne peut pas leur en vouloir).
Bref, le combat est loin d'être gagné mais vu d'où Kylian partait (et surtout où on nous disait qu'il semblait devoir s'en aller...) on ne peut que se réjouir un peu plus chaque jour et continuer à penser à ce petit bonhomme qui nous prouve que des choses nous échappent encore, et surtout que tout espoir est permis.
[Merci à tous pour votre soutien]





