Elle, c'est Alice. 32 ans. Charmante et discrète asiat' née à Taïwan, diplôme d'ingénieure, master. Qui joue de la basse dans un groupe de son église. Je l'ai rencontrée quelques fois. Elle travaille pour une compagnie concurrente, mais avec laquelle nous avons collaboré pour la rédaction d'un standard technique. Les ennemis sont parfois nos amis, au hasard de nos intérêts particuliers. Nous avons débattu à Atlanta, agréé à Hawaï, co-signé à San Diego.

Et ce matin, on m'annonce qu'Alice est morte. Le 14 août. Suicide.

...

Je ne connaissais pas cette femme, je dois l'admettre. Que connait-on de quelqu'un qu'on a croisé quelques 3 semaines dans une salle de réunion climatisée, avec qui on a rédigé, la plupart du temps via email, une doc technique ? On n'en sait rien. J'ai appris qu'elle jouait de la basse en lisant sa nécrologie...

Mais alors pourquoi suis-je si choquée de ce départ ? Parce qu'elle était charmante et discrète ? Parce qu'elle était brillante et que c'est toujours une honte quand une tête tombe ? Parce que j'avais toujours considéré le suicide comme un acte éminement égoïste, avant que je ne comprenne cet hiver ce qu'étaient les âffres du désespoir.

Parce qu'on souhaite toujours comprendre ce qui pousse les gens "à ça". J'avais lu cet été justement (le 14 août, qui sait ?) cette phrase qui m'avait paru une réponse. Pas une bonne réponse (y en a-t-il ?) mais une réponse tout de même : "Je ne voulais pas mourir, juste me tuer".

Je ne sais pas si vous vouliez mourir ou "juste" vous tuer, Alice. Mais sachez que ce soir, j'en suis désolée.

RIP