Vu hier le dernier film d’Iñárritu  (Amores Perros, 21 grammes, Babel) et depuis je m’interroge sur l’intérêt, l’objectif (si tant est qu’il en faille un) et la portée d’un tel cinéma.

 

Durant 2h30, sous couvert de suivre les tribulations d’un père et de ses petits arrangements minables pour donner un semblant de vie de famille à ses deux enfants, on suit des bouts de vies misérables,  d’injustices sociales, de maladies et de mort. Ce film comme un Gros Plan sur les exclus de la vie. Tout y passe, de l’enfance malmenée, à l’adulte perdu, au vice, aux Africains sans papiers et aux chinois exploités. Ce film n’est qu’une suite de clichés des horreurs qu’un collectionneur des âmes perdues aurait décidé d’exposer au public.

 

Je n’ai pas aimé la photographie de ce film, son esthétique de noirceur crasse. Tout y est sombre, lugubre, malsain et gris. Le soleil de Barcelone semble avoir été éteint exprès pour ses personnages.  Certaines séquences sont lourdes, et le scénario des catastrophes à venir très attendu. L’atmosphère reste toujours inquiétante, angoissante. Oppressante. Qui en rajoute au blafard et au découragement. On ne respire pas dans ce film. On  suffoque. On meurt un peu aussi durant les 2h30. Que pourrions-nous faire de mieux, spectateur impuissant à visualiser le drame du monde assis confortablement dans nos sièges XXL ?

 

On dit d’Iñárritu qu’il est le cinéaste de l’humanisme, qu’il filme avec compassion et sans jugement ses personnages. Dans celui-ci, il semble tellement détaché que son propos reste pris derrière l’objectif de sa caméra. Tout en évitant malgré tout un voyeurisme malvenu, il semble ne poser qu’un œil dubitatif sur les scènes qu’il rapporte. Ce film n’accuse même pas. Même ambiance que les drames au Journal de 20h qu’on aura tôt fait d’oublier pour ne pas gâcher le repas.

 

Quel sens y a-t-il à suivre les maladresses en cascades d’un homme qui veut « clore ses dossiers » avant de partir mais qui ne fait qu’empirer les drames autour de lui ? Il y un parti pris de l’échec, du malheur qui appelle au malheur et sur lequel l’espoir ne prendra jamais prise qui dérange. Oui, de telles existences existent et  mais pourquoi les rapporter ainsi ? Pense-t-il vraiment qu’on n’en a pas conscience ?

 

Pourquoi le refus d’un minimum de beauté, qui ne guérira jamais les plaies, mais saura à tout le moins en être le baume apaisant ?

Pourquoi toute cette laideur ?

Pourquoi biutiful n'est-il beau ?

 

Je n’ai pas les réponses à ces questions, et cela m’empêchera je le crains, d’apprécier pleinement ce film.