En écriture, je me suis spécialisée en deux choses : la première, la participation à des concours littéraires. La seconde, à perdre à ces concours. Je n'en fais pas un plat, ces concours ont le mérite de forcer ma plume quand elle peine à s'exprimer. Puis je sais à quel point la qualité d'un texte est éminemment subjective et fortement lié au jury dont on ignore tout au moment de la rédaction de nos propres textes. Le dernier échec en date est le défi Souvenir de Radio Canada. Les finalistes ont été désignés . Il y a parmi ces 10 textes quelques bonnes (mais aussi moins bonnes, subjectivité disai-je) trouvailles. Je vous laisse le loisir de les découvrir par vous-même.

Voici le mien ici - pour ceux qu'une onzième moins bonne trouvaille pourrait intéresser. La naissance de ma petite Héloïse.

 

Un ange dans la neige


23 décembre 2002. C’est ce jour-là, au  tout début de l’hiver, que tu es née. Il n’avait pas encore neigé mais l’air était lourd déjà de cette odeur particulière de la neige qui s’en vient. J’étais arrondie de neuf mois à t’attendre, ronde comme un bonhomme de neige qui serait en avance. Serais-tu un garçon ou une fille ? Je l’ignorais encore et essayais de le deviner dans les coups que tu donnais pour sortir.

Il me semble que tu es arrivée très vite. L’instant d’avant, nous traversions la ville, toute de rouge et de vert, débordante d’agitation en cette veille de Noël. Puis soudain, un cri et tu étais là. J’avais accouché d’une petite bonne femme des neiges, aussi ronde que moi, à qui on avait mis deux charbons noirs pour les yeux et de délicats pétales rosés pour la bouche.


C’est ce jour-là aussi que je suis morte. Enfin, pas tout à fait. Presque. En te mettant au monde, j’ai failli le quitter. Tu étais accrochée à mon sein et les charbons noirs me dévisageaient. Tu semblais aussi surprise de me voir que j’étais émerveillée de te découvrir. Du lait, blanc comme la neige qui se refusait à tomber, perlait entre les pétales de rose. Puis, peu à peu, j’ai senti un froid, plus pénétrant que les vents de janvier, m’envahir. Les forces m’ont quittée et à peine ai-je eu le temps de te tendre à ton père avant que ... plus rien ...

J’ai connu le départ de celles qui jadis mourraient en couches. De nos jours, on revient de ces ailleurs ouatés et je sais maintenant où se forme la neige. 

N’eût-été la peine de ne pas te voir grandir, il me semble que cette mort-là m’aurait plu. Elle me paraissait très naturelle même, ce jour-là. Quasi évidente. Comme un grand chassé-croisé de la vie, un départ pour une arrivée. Ou aussi comme l’artiste qui, après avoir créé son plus beau chef-d’œuvre, se retire sachant désormais qu’il ne fera plus jamais mieux.

Mais je ne suis pas morte et, aujourd’hui, je te regarde grandir. J’admire les pétales quand ils s’épanouissent et m’étonne de la capacité qu’ont parfois les charbons noirs à s’obscurcir plus encore. Je sais aussi que je ne mourrai plus avant longtemps. Car je ne veux rien manquer de toi, mon petit soleil d’hiver, qui illumine si bien les jours sombres où la neige se décide enfin à tomber.