J'ai vu le film "Les Intouchables".

Le feel good movie par excellence. On en sort, on sourit. Enfin un film sur de bons et grands sentiments, l'amitié, la compassion, l'humanité. Le tout avec son lot de bonnes blagues et d'humour potache pour faire passer en douceur le tragique du handicap (l'un des héros est tétraplégique).

Une fois sorti du film, il y a tout de même un second effet Kiss Cool qui ajoute une touche d'amertume, de perplexité qui dérangent. Du feel good movie façon junk food. C'est bon quand tu le manges, tu culpabilises après.

Car derrière les bons sentiments, il y a la banalisation d'une société d'inégalités choquantes, qu'on accepte avec un fatalisme bon enfant. La banlieue est fidèle à elle-même. D'une tristesse crasse. Loin.  Accessible par un RER aussi sinistre que ses tours. Pleine de petites cailleras qui tue le temps (et ses ASSEDIC...) en dealant et en fumant des pétards, et qui n'ont même pas une vraie baignoire pour se laver, les pauvres (!).

J'admets, personne ne parle de bruit ni d'odeur. On est dans une comédie française qui a cartonné. Même le riche qui se paye une pute massothérapute ne choque personne (de toute façon, son truc, c'est pas la fellation, c'est le massage d'oreilles - l'honneur est sauf).

Heureusement, pour contrer le sordide de la banlieue, il nous reste la sérénité d'un hôtel particulier de Paris (avec de VRAIES baignoires...) et le chic des restaurants ou autres salons de thé intra-muros. Où le raffinement, l'art, la musique classique et le champagne, certes bu à la paille (on est tétraplégique ou on l'est pas, perso, j'opte pour l'option plein aux as) priment, et - limite pastiche de Pretty Woman - où prendre un jet  pour aller à la montagne ou la Maserati pour aller voir la mer sont monnaies courantes.

On peut bien taquiner un peu de la vitesse sur les quais de Seine en fumant un pétard en conduisant ou se foutre ouvertement de la police, on va pas chipoter merde. C'est une comédie tout de même, non ? Pas une critique de la lutte des classes.

...

"Les intouchables", plus qu'une comédie d'un pays schizophrène qui a choisi d'en rire, est surtout le film qui m'a fait réaliser que, schizophrène moi aussi, j'en étais arrivée à critiquer la France avec une politically correctness très nord-américaine, d'un rabat-joie et d'un manque d'humour et de légèreté que  je ne me connaissais pas.

"Les intouchables", ou le jour où je suis devenue réac.
J'ose même plus aller voter du coup, sait-on jamais ?
... Marine, sors de ce corps !

 Bref, j'ai vu "les intouchables". VDM.