Samedi, message d’une amie:

- Demain, c'est rassemblement devant le Consulat de France pour soutenir le projet de loi "mariage pour tous". Je ne voyais pas trop l'utilité de se mobiliser vu que le gouvernement veut faire passer la loi de toute façon, mais il semble qu'il y ait beaucoup de pression pour le faire reculer donc, je crois que je vais y aller. Si ça vous tente, venez !

Ma première réponse, spontanée :

-          Merci mais ce sera sans moi. Dans « mariage pour tous », y a quand même « mariage », hein  ;)

-          Hé ! CL, c'est comme pour l'IVG: on ne te demande pas d'avorter pour supporter l'idée que les femmes puissent le faire. Idem pour le mariage pour tous.

-          Ah ! Si on ne me force pas à me marier, alors d’accord, je viens ! :)

mariage

Le mariage, pourquoi ?

Parce que oui, bien qu’en couple depuis 20 ans, je dois l’admettre, je ne comprends pas du tout bien l’étonnante et paradoxale institution du mariage. Comme l’exprime si bien Alain Finkielkraut dans « Et si l’amour durait » au sujet des aspirants au mariage : « Savent-ils ce qu’il leur coûtera de tabler sur la pérennité de l’amour au lieu de prendre acte de sa précarité ? Se rendent-ils compte qu’ils vont expier par une étouffante conjugalité leur choix naïf ou raisonné du bonheur conjugal ? ».

Mais enfin, si je n’irais effectivement pas me battre pour défendre à tout prix une institution qui s’accorde mal avec mes aspirations amoureuses, je peux en revanche tout à fait comprendre qu’on souhaite le cadre juridique du mariage républicain, en protection pour son conjoint et pour ses enfants.

Alors donc, si des hommes ou des femmes souhaitent s’unir à une autre personne (quelque soit son sexe) go for it ! Je m’aligne en cela sur les propos du philosophe Ruwen Ogien « la liberté individuelle, tant qu'elle ne nuit pas à autrui, ne doit sous aucun prétexte être entravée."

 

Pro-mariage ? Pro-Liberté Egalité Fraternité plutôt !

En fait, initialement, je pensais naïvement que le mariage pour tous n’était qu’une technicité légale, une sorte de mise à jour du Code Civil pour s’aligner sur les nouvelles réalités sociales et corriger ainsi un anachronisme juridique avant qu’il ne devienne du pur archaïsme.

Aussi dois-je admettre avoir d’abord été dubitative de constater une réticence (c’est un euphémisme) de la part d’une frange avec un serre-tête autour de la population française.

Ensuite, j’ai été sidérée face aux propos affligeants entendus durant la « manif pour tous » (au titre trompeusement englobant, « pour tous », pour cacher ses objectifs coercitifs), discours que je pensais révolus et finalement, j’ai été franchement inquiète devant une homophobie latente, assumée et décomplexée (alors que, rappelons-le, l’homophobie N’est PAS une opinion, c'est un délit) .

Je me suis sentie pour la première fois déçue de cette France vue de loin et révoltée face à des discours d’exclusion dont je ne comprends pas les arguments (Y a-t-il un anti dans la salle, pour m’expliquer ses vues, siouplait ?) , loin des discours de Liberté, d’Egalité et de Fraternité qui sont les piliers fondateurs de mon pays natal.

A une époque qui se targue de modernité et de savoir scientifique, l’homosexualité, dont il n’est plus nécessaire de rappeler (mais j’en viens maintenant à en douter) que ce n’est ni un choix de vie, ni une excentricité mais une disposition naturelle et innée, n’a plus à être « tolérée », comme certains discours condescendants le laissent entendre ( « Oh, ça va, ils ont déjà le PACS »)  mais se doit d’être non seulement reconnue mais aussi dûment acceptée et sa population traitée sur un pied de juste égalité civique.  

 

Et les enfants alors ?

En réalité, au-delà du mariage, le vrai débat, biaisé par l’appellation « mariage pour tous », repose sur la question de la filiation. Le projet de loi,  au-delà du couple et de son droit matrimonial, re-définit plus largement la famille, afin là encore de l’aligner plus adéquatement avec les nouvelles réalités familiales et de protéger les enfants en conséquence.

C’est là que le bât blesse pour ses opposants. Or, et je sais qu’on va m’accuser de prosélytisme, à l’heure où hélas l’actualité ne brille pas par ses faits divers familiaux (Typhaine avait des parents tout ce qu’il y a de plus hétéros …), on ne peut s’empêcher de penser aux propos d’Elisabeth Badinter « Quand on voit la somme de malheurs, de névroses, de douleurs que peut engendrer la famille hétérosexuelle qui soit, je me dis : au nom de quoi une famille homoparentale serait-elle pire ? ».

Elle ne sera pas mieux, elle ne sera pas pire. Juste qu’il y a des bonnes volontés qui se proposent à éduquer des enfants dans un cadre propice à leur développement, alors je ne vois pas bien l’intérêt de les (et en tant que société, de nous) priver de cette aide. Arrêtons de statuer hypocritement sur ce qui est mieux pour les enfants. Les relations harmonieuses, la qualité de l’éducation et l’amour reçu contribueront le mieux au sain développement de l’enfant, plus que toute considération sur le sexe des parents. Quant aux potentiels problèmes des enfants élevés dans une famille homoparentale, hormis le regard d’intolérance des bien-pensants, je ne vois pas ce qu’ils risquent de plus (ou de moins) par rapport à grandir avec des adultes dont le seul mérite aurait été d’avoir été capables de les engendrer.

 

Bref, j’ai manifesté

Malgré tout, je voulais pas y aller ! Moi qui n’ait pas l’âme militante, qui croit au pouvoir démocratique du vote, et qui suis généralement sceptique voire réticente face à l’expression de la rue, je me suis malgré tout demandée si nous, la majorité (car les chiffres le montrent, la majorité des français sont favorables à ce projet de loi) pouvait décemment rester silencieuse, au risque de passer pour passive ou indifférente, face à la minorité « anti », criarde et tapageuse.

Malgré l’apparente fermeté du gouvernement, y a-t-il un risque possible que ce projet ne passe pas, justement à cause du bruit d’une minorité et du silence de la majorité ?

N’ayant évidemment pas la réponse à cette question, donc dans le doute, plutôt que de m’abstenir, et parce qu’une amie m’a un peu poussée dans le dos, je suis venue.

Bref, j’ai manifesté.

 

Des manifs, des slogans

Pour finir en beauté, le florilège des slogans pros et antis :

 « Mieux vaut un mariage gay qu’un mariage triste »

« Jésus avait deux papas et une mère porteuse »

« Même à l’UMP, ils ont 2 papas »

« Mieux vaut une paire de mères qu’un père de merde »

« Mariage pour tous, sinon sodomie pour personne »

"Luke, nous sommes tes pères !"

"On en a marre des chats, on veut des enfants !"

« François, fais pas ta frigide »

« On veut tes droits, pas ton avis »

"Vous nous faites des homos, on vous fera des hétéros !"

« Nous au moins on respecte le gazon" (qui prend tout son sens si on sait ça )

Et pour être magnanime, même si les slogans des opposants étaient affligeants à mourir (« Un papa et une maman, y a pas mieux pour un enfant », « non au mariage génitalement modifié », sérieusement ?...), terminons avec celui de la délégation bretonne qui m’a quand même bien fait marrer :

 « En Bretagne, on n’a qu’une mer et Quimper »