07 janvier 2010
La sagesse d'Héloïse
Ma poupoune a eu 7 ans fin décembre. 7 ans. L'âge de raison. Ce qui est stupide dans son cas. Héloïse est née sage, d'une sagesse dont j'ignore l'origine (mais que je sais avec certitude ne pas être acquise, du moins, pas de sa mère) et que je ne cesse de lui envier. Qui me fait réaliser aussi qu'on ne devient pas sage en vieillissant, comme certains aiment à le penser. On nait sage. Ou on ne l'est pas.
Deux exemples révélateurs :
La semaine dernière, je suis au téléphone avec un fâcheux. Le ton monte, la colère me traverse. Je suis dans le couloir et Héloïse joue dans le salon. Je parle avec ce ton énervé dit dans une demi mesure de la voix, ce ton spécial qu'on utilise pour crier en silence. Alexane est chez une copine, mais si elle était là, elle viendrait, inquiète, s'enquérir du problème "C'est qui ? Pourquoi tu es fâchée ? c'est grave ?". Héloïse, que je pensais toute à ses Petshops, arrive tranquillement vers moi, sans hâte. Elle lève vers moi ses grands yeux noirs paisibles, et du ton doctoral que j'utilise parfois pour lui expliquer les choses, elle me dit avec calme "Maman. Tu dis au revoir. Et tu raccroches". Puis se détourne, et avec le même calme, retourne dans le salon à ses jeux.
De fait, en l'écoutant, ma colère est tombée. J'ai dit au revoir. J'ai raccroché. Etonnée autant que ravie de la simplicité de la chose à laquelle, toute à ma colère, je n'avais pas pensée.
Autre exemple ce soir. Héloïse me confie, à la fois pas très contente d'elle mais lucide, son "truc secret qu'elle n'a jamais dit à personne" :
- Maman, quand je vais à une fête d'anniversaire, je fais exprès de choisir un cadeau que j'aime pas trop. Comme ça, je ne suis pas jalouse !".
Avouez, il y a quand même de quoi être fière d'être la mère de pareille enfant.
25 décembre 2009
Histoires de Noël
Le 23 décembre, après avoir visionner Barbie mousquetaire (!) "Une pour tous et tous pour une" (!!), Héloïse décide in extremis de passer commande d'un déguisement de mousquetaire.
Je lui fais remarquer que c'est quand même un peu tardif pour aller magasiner le Père Noël, que cette commande de dernière minute risque de ne pas être honorée. Héloïse réfléchit et estime que les lutins travaillent quand même "rapido presto" (dixit) et que donc ça devrait être jouable.
Alexane approuve "Comme il y a 1000 lutins, il suffit que un fasse le chapeau, un autre l'épée, un autre la robe et encore un la cape. Si Maman, elle peut l'avoir son déguisement pour demain !".
...
Alexane, ma fille, pas de doute, tu seras chef quand tu seras grande. Cette capacité que tu as à estimer le travail des autres à partir de données ignorées de tous (1000 lutins pour le Père Noël ??), c'est un signe qui ne trompe pas.
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Pour l'ambiance, on écoute des chants de Noël.
Il est né le divin enfant,
Jouez hautbois, résonnez musettes
Alexane bloque, elle réfléchit fort et me demande "Noël, c'est bien le 24 décembre, hein, maman ?". "Ben oui, bien sûr, allons Alexane !". "Mais alors, pourquoi ils chantent Il est né le 18 novembre ??!!"
23 décembre 2009
Des théières et des fillettes
Un des jeux favoris d’Héloïse est de cacher une petite figurine dans une des petites théières de ma collection, puis de jouer avec sa sœur ou avec moi à « Tu chauffes, tu refroidis » pour la retrouver.
La semaine dernière, Alexane lit et je prépare le repas. Je remarque au bout d’un moment l’étrange manège de mon Héloïse. Elle court dans tout l’appartement, elle tourne sur elle-même, elle se secoue fortement la tête. Une gymnastique très curieuse, qui se termine toujours auprès des petites théières.
Je la regarde faire quelques instants, elle semble s’exaspérer de plus en plus. Jusqu’à ce qu’elle s’exclame, au comble de l’exaspération « C’est plate de jouer toute seule ! Je sais toujours du premier coup dans quelle théière j’ai caché mon bonhomme !».
13 décembre 2009
Les Petshops à l'école
Alexane rend les copies de maths. Ils ont tous eu ... 20 sur 19 !
03 décembre 2009
Maudite chanceuse
Héloïse, ce matin, un chocolat dans la bouche, qui contemple son calendrier de l'Avent d'un air pensif.
- Maman, c'est quand mon jour de chance ?
- Je ne sais pas, c'est quoi que tu appelles ton jour de chance ?
- Ben tu sais, le jour qu'on aime bien, celui où on a de la chance.
- Pour toi, je ne sais pas. Généralement, les gens disent qu'ils ont un jour de chance parce qu'ils ont l'impression qu'il y a une journée meilleure que les autres pour eux. Toi, tu as des journées que tu préfères ?
- Oui !! Tous les jours d'école (on aime ce genre de réponse)
- Et les fins de semaines, tu les aimes aussi ?
- Oui !! Beaucoup.
- Bien tu vois, tu es comme moi, tous les jours sont nos jours de chance. C'est très rare, on est très chanceuse.
Elle aime bien l'idée, mais ça froisse un peu le concept tel qu'elle semble l'avoir appris auprès de ses copines. Elle continue à regarder le calendrier de décembre. Une lueur joyeuse s'illumine.
- Le 23, c'est ma fête ! Donc c'est une journée encore mieux que les autres ! Mon jour de chance, c'est le 23.
- Bonne idée. Et pour moi, ce sera le 8 et le 23.
Adjugé, vendu !
23 novembre 2009
Héloïse, ce matin, sur le chemin de l'école
m'annonce, assez fière d'elle, "Tu sais maman, depuis que je suis née, je ne suis pas morte une fois".
12 novembre 2009
Qui héritera des héritières ?
Alexane, ce soir, à table:
- Si toi et papa vous mourrez, où est-ce qu'on va aller ? (et bon appétit les amis...)
- Bien, vous iriez probablement vivre chez tonton Tone. (Bon nouvelle mon bro', hein ?)
- Oui, mais si Tonton Tone il est mort aussi ? (Pfui... ça va être long ce dîner...)
- Et bien peut-être chez vos grands-parents ? Ou chez Marraine Aline à Rome, pourquoi pas ?
Héloïse, qui ne disait rien jusqu'à présent, se décide à intervenir:
- Non, ce serait du gaspillage ! (allons bon)
- ??? Qu'en-ce qui serait du gaspillage, ma chérie ?
- Ben, en Italie, il fait chaud. Alors ce serait du gaspillage ! (Y a des jours où je suis fatiguéeeeeeeee....)
- Mais QU'EST-CE QUI serait du gaspillage, Héloïse ?
- Ben, les polaires et les manteaux d'hiver que vous nous avez achetés !
- ...
- Non. On ne peut pas aller vivre là-bas si vous mourrez.
Et Alexane, déjà aux limites de l'angoisse :
- De toute façon, vous allez pas mourir papa et toi, hein ?
- Mais non, ma chérie, ne t'inquiète pas. Ce serait vraiment trop de gaspillage.
30 octobre 2009
La Rebelle Attitude
Ce soir, Alexane est fatiguée, donc fatigante. Les directives ne sont pas suivies, tout est contesté. C'est le clash. Ma fille est en colère et, dans un mouvement d'humeur, me lance sur le ton de la menace :
- J'ai le goût de claquer la porte et de partir !
Moi, morte de rire, qui connait trop bien les (non) témérités de ma fille, je me moque doucement :
- Ah oui ? Tu serais capable de ça, toi ?
Elle réfléchit puis elle se corrige :
- Ok. J'ai goût de fermer la porte doucement et de partir !!
28 octobre 2009
Intrusion dans un monde parallèle
Ce soir, à table, Alexane montre son poing à sa soeur et lui demande :
- C'est quel animal que je cache ?
Réponse immédiate d'une Héloïse déjà à fond dans le jeu:
- Le Fuck You !
...
???
La boulette... Je le vois à Alexane qui tombe le bras et me regarde horrifiée-on-va-se-faire-engueulées et à Héloïse qui a compris, mais un peu tard, la gaffe et qui déjà s'exclame penaude "Je m'excuse, maman. Je m'excuse, maman. Je m'excuse, maman".
Là, la pédagogie voudrait qu'on reste absolument estomaquée et horrifiée devant l'étendue de la vulgarité de sa progéniture. Perso, j'ai tenu un bon 20 secondes. Le temps de continuer à entendre Héloïse psalmodier son "Je m'excuse maman" et Alexane s'exclamer "C'est pas moi qui lui aies appris!".
Comme tout parent j'imagine, je souhaite que mes filles soient bilingues. Mais je n'avais jamais envisagé que ce soit limité (ou alors, pour se la jouer optimiste, que ça commencerait par ) les insultes... F*ck Y*u... Dans la bouche de ma tout' petite. Pas encore 7 ans. Ça remet les choses en perspective.
Bon, après une première analyse de la situation, je juge que c'est récupérable. Visiblement, elles savent que c'est mal. Or il n'y a rien de plus vulgaire que des insultes dites en parfaite ignorance de la portée de ces mots. Bon, je lâche les éclats de rire que je retiens avec peine. Ça détend un peu l'atmosphère et du coup, mes filles sont plus coopératives pour répondre aux questions qui me viennent "D'où connaissez-vous ce mot ?" "Est-ce que des "amis" à l'école l'utilisent ?", "Comment ça se fait qu'Héloïse en première année le connaisse déjà ?" (encore que pour celle-là, vue la réaction d'Alexane, j'ai quelque idée sur la réponse).
J'apprends donc, sans grande surprise (leur jeunesse ressemble finalement à la notre, la version BO sans les sous-titres près) que quelques élèves utilisent le terme régulièrement, généralement accompagné d'un geste où le majeur domine... Hé bé... Un peu plus trash qu'à mon époque finalement.
Je profite aussi de la subite coopération-sinon-je-vais-vraiment-me-faire-engueulée d'Alexane pour avoir une liste assez exhaustive des gros mots mauvais mots qu'elle connait. Plus trash qu'à mon époque aussi...
Le reste du repas se termine dans le silence, et on ne saura pas quel animal se cachait dans le poing d'Alexane. Elle tente d'ailleurs un vague "...heu, d'ailleurs... ça veut dire quoi ?" que je feins de ne pas entendre. La coopération, c'est dans un seul sens, hein les CL-ones.
S'agirait que je garde quand même un minimum d'autorité parentale, bordel que diable.
18 octobre 2009
De la dureté de l'accent
On parle d'accent français. D'Héloïse qui l'a, alors qu'Alexane a plutot l'accent québécois. Ou plus exactement, pour reprendre ses propres termes, qui a "l'accent mou, hein maman?".
- L'accent mou ? Ça veut dire quoi ?
Alexane, déjà agacée (dès qu'on ne comprend pas du premier coup)
- Ben oui, je n'ai pas l'accent pointu de France. J'ai l'accent mou, quoi.
- Heu.... Ah ouais, c'est pas faux.




