08 novembre 2009
Lire Toussaint en novembre
Il y a des livres que l'on ne devrait pas. Pas lire, pas s'attacher à, pas regretter une fois lus... "La vérité sur Marie" de Jean-Philippe Toussaint est de ceux-là. En un mot, trop. Quel avenir après un tel livre ? On n'osera plus écrire, c'est certain. Plus lire non plus, c'est le vrai danger, tant l'ennui, la comparaison dépréciative et le "c'était mieux l'autre" sont garantis. Inévitables.
Toussaint s'inscrit dans la lignée littéraire du "roman nouveau", dont Minuit, sa maison d'édition, fut l'initiatrice. Un genre qui met en avant le style, avant même l'intrigue. Cela donne par exemple, dans "La vérité sur Marie", une vingtaine de pages à décrire magnifiquement bien, au vocabulaire ciselé et au rythme pénétrant, une scène absolument improbable d'une calvade d'un cheval pur-sang dans la zone de fret de l'aéroport de Kyoto au Japon, pour s'être échappé de la stalle dans laquelle il doit embarquer pour être chargé à bord d'un avion cargo en partance pour l'Europe (?!)...
Improbable, a priori carrément chiant ... et pourtant, captivant, fascinant d'attrait par la richesse du vocabulaire de la plume de Toussaint.
J'ai terminé ce chef d'oeuvre, qui a raté le Goncourt, vendredi soir. Au comptoir d'un resto où j'ai mes habitudes, avec des huitres et du champagne. Et même cela n'a pas suffit à éviter le pincement au coeur et la tristesse de la fin. De la rupture.
--- Citations tirées du livre
Elle regardait la ville qui disparaissait entièrement sous une brume pluvieuse, les yeux perdus au loin, avec cette mélancolie rêveuse qui nous étreint quand on se rend compte que le temps a passé, que quelque chose s’achève, et que, chaque fois, un peu plus, nous nous approchons de la fin, de nos amours et de nos vies.
Il lui parlait en français, il avait toujours parlé français à ses chevaux, la langue de l’amour, le français – et de la perfidie, aussi, parfois, son ombre vénéneuse.
Il ne faisait rien, il souffrait, une souffrance vague, légère, écoeurante, et pas même une souffrance, une simple nausée, plane, immobile, illimitée. Rien n’advenait. Rien, la persistance du réel.
04 septembre 2009
L’hiver en été
Toutes vacances dignes de ce nom s’accompagnent de lectures. Certaines dites « de vacances » d’ailleurs, c’est à dire des lectures légères, à l’intrigue tarabiscotée ... et vite oubliées. Et d’autres plus sérieuses aussi.
J’ai entre autre lu Le Dernier Templier de Raymond Khoury, une quête à la Da Vinci Code, genre les Templiers pour les nuls, ces chevaliers qui protégeaient les pelerins en Terre Sainte, avec leur sempiternel trésor jamais retrouvé, le bien-fondé de leur ordre, leur chute brutale sur ordre du Vatican... Rien de révolutionnaire donc, ce qui est la moindre des choses pour un épisode moyenâgeux, mais de lecture agréable avec des rebondissements hollywoodiens aussi palpitants qu’improbables. Le genre de lecture où j’ai le sentiment que mon livre me fait son cinéma.
J’ai aussi lu une fiction délire à la française. Saga de Tonino Benacquista, un auteur avec lequel on n’est jamais déçu. Du loufoque drolatique, une gang de 4 scénaristes losers réunis par une TV française pour écrire un sitcom franchouillard diffusé à 3h du mat’ histoire de respecter les quotas de création française (!). Une double saga, entre celle qu’ils écrivent et celle que l’on suit entre ces 4 personnages aussi caricaturaux qu’improbables eux aussi. Savoureux et délirant.
Puis j’ai lu Maria Chapdelaine un incontournable de la littérature québécoise, au vocabulaire fleuri de régionalisme québécois. Du Victor Hugo local, les misérables façon Lac St Jean et premiers colons. Un roman de terroir, qui nous plonge au coeur de la construction de la nation québécoise, au moment de la colonisation. On y suit la vie sans surprise d’une jeune fille d’une famille « d’habitants » installée dans le haut Québec afin de « faire la terre », càd défricher la forêt pour la remplacer par des terres cultivables. Le livre suit le rythme des saisons et des messes. La vie de cette pauvre fille est attendue : trouver un mari digne pour construire sa famille et avoir elle aussi son lopin de terre, gelée l’hiver, infestée de moustiques l’été et perpétuer une vie de misère, mais une vie d’ici et de ce temps-là.
On suit Maria à l’âge des prétendants. Il y a le coureur des bois, pour qui son cœur balance, mais qui finit tragiquement, pour « s’être écarté... » (s’être perdu) lors une tempête de neige, il y a l’honnête homme, un habitant comme tant d’autre, mais qui ne boit pas et travaillant, puis il y a celui qui a quitté cette terre de misère pour aller aux Etats...
Il y a quelque chose de totalement décalé, de presque surréaliste, à lire le récit de ce Québec naissant, le récit de ses hivers rudes et de ses terres glacées, sur une terrasse écrasée de soleil de Provence, en sirotant un rosé... Mais dans quelles autres conditions sinon ? Ici, en été ? Non. Devant le blanc manteau de l’hiver ? Non. Je me demande quand (et surtout dans quelles conditions) on lit ce genre de livre. Une préoccupation que je n’ai jamais eue pour aucun autre livre...
Autre aspect qui m’a marqué, l’idéologie sous-jacente dans ce livre, qui témoigne des racines du nationalisme francophone face aux anglais (les « barbares »). Le livre fini, j’ai voulu savoir quand il avait été écrit (1914-1916) et surtout, j’ai été étonnée d’apprendre que Louis Hémont, son auteur... était français, un français immigré comme moi dans ce pays, et non un québécois d’origine comme je le supposais.
Bref, mes vacances et mes lectures sont maintenant terminées.
Et je me cherche une lecture de rentrée. Des suggestions ?
------ Citations tirées de Maria Chapdelaine -----
Maria n’a rien dit mais elle a songé qu’il devait y avoir des mariages différents de celui-là, et maintenant elle en est sure. L’amitié que François Paradis a pour elle et qu’elle a pour lui, par exemple, est quelque chose d’inévitable, car il est impossible de concevoir comment les choses eussent pu se passer autrement, et cela va colorer et réchauffer à jamais la vie terne de tous les jours. Elle a toujours eu l’intuition confuse qu’il devait exister quelque chose de ce genre : quelque chose pareil à l’exaltation des messes chantées, à l’ivresse d’une belle journée ensoleillée, au grand contentement qu’apporte une aubaine ou le promesse sure d’une riche moisson.
Il lui semble que quelqu’un lui a chuchoté longtemps que le monde et la vie étaient des choses grises. La routine du travail journalier, coupée de plaisirs incomplets et passagers ; les années qui s’écoulent, monotones, la rencontre d’un jeune homme tout pareil aux autres, dont la cour patiente et gaie finit par attendrir ; le mariage, et puis une longue suite d’années presque semblables aux précédentes, dans une autre maison. Ce n’est pas bien terrible et en tout cas il faut s’y soumettre ; mais c’est uni, terne et froid comme un champ à l’automne. [...] Ce n’est pas vrai tout cela. Maria secoue la tête dans l’ombre avec un sourire inconscient d’extase, et songe que ce n’est pas vrai.
- Le temps est doux ; c’est tout juste s’il ne mouille pas. On voit que les pluies de printemps arrivent...
C’était commencer ainsi une conversation dans ce pays/
« Tout de même... c’est un pays dur, icitte. Pourquoi rester ? »
Alors une troisième voix plus grande que les autres s’éleva dans le silence : la voix du pays de Québec, qui était à moitié un chant de femme et à moitié un sermon de prêtre. [...] Nous avions apporté d’outre-mer nos prières et nos chansons : elles sont toujours les mêmes. Nous avions emporté dans nos poitrines le cœur des hommes de notre pays, vaillant et vif, aussi prompt à la pitié qu’au rire, le cœur le plus humain de tous les cœurs humains : il n’a pas changé. Nous avons marqué un pan de continent nouveau, de Gaspé à Montréal, de Saint-Jean-D’Iberville à l’Ungava, en disant : ici toutes les choses que nous avons apportées avec nous, notre culte, notre langue, nos vertus et jusqu’à nos faiblesses deviennent des choses sacrées, intangibles et qui demeureront jusqu’à la fin.
Autour de nous des étrangers sont venus, qu’il nous plaît d’appeler des barbares ; ils ont pris presque tout le pouvoir ; ils ont acquis presque tout l’argent ; mais au pays de Québec rien n’a changé. Rien ne changera, parce que nous sommes un témoignage. De nous-mêmes et de nos destinées, nous n’avons compris clairement que ce devoir-là : persister... nous maintenir... Et nous nous sommes maintenus, peut-être afin que dans plusieurs siècles encore le monde se tourne et dise : ces gens sont d’une race qui ne sait pas mourir... Nous sommes un témoignage.
25 août 2009
La drague comparée
Ironie du sort, alors même que j'étais en France, où les regards se font insistants, où les hommes vous sourient, où soudain, comme par miracle, vous prenez forme alors qu'au Québec vous n'êtes que fantôme transparente, je recevais l'avis d'un lancement de livre. D'un ami, Jean-Sébastien Marsan, québécois, et l'information est d'importance, car son bouquin, co-écrit avec une française Emmanuelle Gril, traite de la drague au Québec. Ou plutôt du manque de drague de la part des québécois.
Le lancement du livre "Les Québécois ne veulent plus draguer... et encore moins séduire" aura lieu...
OÙ : Café Laïka, 4040, boul. Saint-Laurent (angle Duluth), Montréal.
QUAND : le mardi 8 septembre 2009, de 17h à 19h.
Le blogue du livre du livre se trouve à l'adresse ladrague.qc.ca.
Et même que, si vous êtes curieux, vous me trouverez citée (2 fois !) en page 13, ici. Rendez-vous le 8 !
08 juin 2009
Visions d’apocalypse
Je n’ai jamais rien écrit sous la dictée des dieux, mais il m’est arrivé de
crier.
[Eric Chevillard]
Mes deux dernières lectures ont, étrange coïncidence, des points de similitudes rares. Deux romans d’anticipation, l’un écrit par une des (la?) plus grande écrivaine canadienne actuelle, Margaret Atwood et l’autre par le français Pierre Bordage. « La servante écarlate », publiée en 1985, pour la première et « L’ange de l’abîme » (2004) pour le second.
Deux dystopies, ce type de récit qui propose une vision post-apocalyptique de notre monde, un chemin d’évolution possible, sinon probable. La dystopie, aussi appelée contre-utopie, est un genre de la littérature d’anticipation qui s’oppose, comme son nom l’indique, à une vision utopique du monde.
C’est un genre que j’affectionne, que j’ai découvert lors de lecture de bouquins comme « Le Meilleur des Mondes » d'Aldous Huxley, « 1984 » de George Orwell, « Fahrenheit 451 » de Ray Bradbury, « Ravage » de Barjavel, « Les Monades urbaines »de Robert Silverberg, « Neuromancien » de William Gibson ou encore « Tous à Zanzibar » de John Runner (la liste serait bien plus longue…).
« La servante écarlate » décrit la société américaine dans un avenir proche, un monde ultra-conservateur, où la fécondité a chuté dramatiquement et où le rôle de la femme se retrouve axé sur cet unique objectif, la reproduction. Le pays est gouverné par les Commandants. Les Epouses tiennent les maisons, où les Marthas sont des bonnes, tandis que les Servantes écarlates, comme la narratrice, sont chargées d’assurer la descendance. La vision proposée est celle d’une société aseptisée, rigoureuse, à la 1984. Où les libertés individuelles sont brimées au nom du bien collectif.
« L’ange de l’abîme » dans un autre style est aussi un livre dérangeant, dont on ne sait s’extraire et qui ne garantit pas de douces nuits. Bordage, lui, raconte l’escalade post- 11 septembre 2001, dans une Europe coupée en deux, néo-guerre de religion, qui oppose l’Europe de l’Ouest, tenue par des milices chrétiennes dévouées à l’Archange Michel à une Europe de l’Est tombée dans un extrémisme musulman, menant un Jihad sanglant ( «Comme si Dieu n’était qu’une excuse à la haine» ). Les héros, une jeune fille et un garçon plus jeune encore, traversent cette Europe à la recherche du fameux Archange Michel.
Ironie du timing, "La servante écarlate" a été au sein d’une controverse très récente (en janvier 2009) au Canada, à Toronto, dans la ville même où habite Atwood, double ironie. Il est accusé par un parent d'élève d'être violent, dépravé et tout à la fois anti-chrétien et anti-islamiste. Il est par ailleurs black-listé dans les universités du Texas... (édifiant d'ailleurs de voir le nombre de livres "bannis" dans ce pays des libertés....)
Quant à "l’Ange des abîmes", il suffit juste d’allumer la TV ... et déjà on tremble.
---------- Citations extraites des livres --------------
-- "La servante écarlate", Margaret Atwood
[Ô Dieu] tu pourrais leur fournir un Paradis. Nous avons besoin de Toi pour cela. L’Enfer, nous pouvons nous le fabriquer nous-mêmes.
La Nature exige la variété, pour les hommes. C’est logique, cela fait partie de la stratégie de la procréation. C’est le dessein de la Nature. [...] Les femmes savent cela d’instinct. Pourquoi achetaient-elles tant de vêtements différents, dans l’ancien temps ? Pour donner l’illusion aux hommes qu’elles étaient plusieurs femmes différentes. Tous les jour, une femme nouvelle.
-- "L’Ange de l’Abîme", Pierre Bordage
Le vice se tient toujours dans l’ombre de la vertu.
Il avait découvert cette loi géographique et humaine qui veut que plus on s’approche des cimes et plus on frôle les abîmes. Et aussi que l’air des sommets est nettement plus grisant que celui des mornes plaines.
- Faut juste arrêter de croire que le monde se limite à ce que captent les sens. Certains hommes à l’esprit curieux ont passé leur vie à démontrer que la matière est constituée d’ondes, de vibrations. Ils auraient affirmé que je suis reliée à ton onde. D’autres diraient que je suis connectée à ton moi profond, à ton essence. Quoique tu fasses, tu émets une note dans le choeur de la Création. Une note unique reconnaissable entre toutes. Il me suffit de rester à son écoute pour remonter ta piste.
Il ne voulait pas qu’elle sorte de sa vie. Un jour pourtant, elle se tirerait parce que « chacun doit descendre seul dans les abîmes de son âme, chacun doit apprendre à se dresser vers les cieux sans autre soutien que ses propres racines ». Il ne comprenait pas toujours le sens de ses paroles, et pourtant elles éveillaient un écho au plus profond de lui.
L’absence n’est qu’une expression comme une autre de l’être.
29 avril 2009
Beau
Je l’attendais depuis un moment, il n’était pas disponible en stock, puis il y a eu un problème d'emballage et finalement, il m’est arrivé la semaine dernière. C’est un livre particulier pour moi. Un livre écrit par quelqu’un que je connais. Le livre d’un ami.
Un truc que
j’aime bien, c’est lire en marchant. Oui, c’est faisable. J’ai perfectionné la
technique depuis des années et je m’en sors plutôt bien. Donc dès la réception
du-dit livre un matin au bureau, je comptais mettre ma technique en application dès le midi … quand j’ai feuilleté le livre. Stupeur et étonnement (oui, je varie), le livre de mon ami
est d’une facture rare de nos jours. Enfin, rare parmi les livres que
moi je lis, je veux dire. Ce livre, en effet, n’est ni rogné, ni massicoté. Un
livre dont il faut couper soi-même les pages !
L’intention me parait évidente. Ce livre en est un sur l’édition, il parle de littérature du point de vue du monde de l’édition, durant les 30 dernières années. Il parle donc, entre autre, du livre en tant qu'objet. Et il se devait d'en être un digne représentant. C'est chose faite.
Juste que je ne le lirais pas en marchant. Ou bien si, mais en m'ayant assuré avant d'en avoir coupé les pages.
[O. Bessard-Banquy, La Vie du livre contemporain. Étude sur l'édition littéraire, 1975-2005]
-
16 février 2009
Le commentaire constructif
On m’a dit "Ce n’est pas bien de te moquer de tes petits camarades de classe. Ils sont là aussi pour apprendre". Pour certains y a du boulot, oops, ok, je n’ai rien dit :X
Bref, afin de museler la CL-lespieds-dans-le-plat (challenge!), j'ai décidé de me lancer dans la création d'un nouveau genre littéraire, « le commentaire constructif ». Ça donne:
- Pour un texte bourré de fautes d’orthographe, quid d’un judicieux « Voilà un texte qui s'inscrit dans la plus pure tradition orale. Personnellement, je le trouve diminué d’être ainsi couché sur papier. As-tu déjà pensé à aller le lire sur la place publique ? ».
- Pour les textes à évocation autobiographique (et tout écrivain le sait, on écrit toujours un peu sa vie), museler la CL-les-pieds-dans-le-plat donc (exit "C'est Cosette ton truc") et émettre à la place un délicat « On s'y croirait", voire "Ça sent le vécu".
- Pour un texte dont on comprend tous les mots, mais pas nécessairement les phrases (si ça s'peut ! Mon éthique m’interdit de vous en copier des morceaux, ça s’appelle du vol de propriété intellectuelle. Quoique "intellectuelle" me paraisse un poil exagéré, mais bon chut, "ils sont là pour apprendre" ok ok ok) :
« Le générateur de phrases aléatoires, c’est une trouvaille. C’est frais, c’est novateur. Quant au dictionnaire des synonymes, très bien aussi. Très bon outil. Mais, si je puis me permettre, coté synonyme, évite toutefois de TOUS les mettre dans la même phrase ». - Pour ceux qui pensait que Création Littéraire avait à voir avec la mise en page (véridique, je ne sais pas comment une des élèves a fait, une sombe histoire de conversion entre WordPad et Word bref, son texte, c’était 140 pages à raison de 4 mots par pages), je pensais à un léger "Décidemment, coté création, t'es ... créatif" (pas mieux, désolée...)
- Et enfin, à la schtroumpfette, qui a disparu dès le deuxième cours « Finalement si ! Tu sais faire preuve de subtilité ».
Allez, avouez, je fais des efforts, non ?
12 février 2009
Détruire dit-elle
Les jours qui m'enchantent sont ceux de l'Amazon. Je veux dire, quand je reçois mes commandes passées sur Amazon.fr et qu'elles arrivent au bureau (plus pratique qu'au bureau de poste jamais ouvert quand je ne bosse pas). Je reçois donc ça :
Un colis cartonné qui contient ma commande. La semaine dernière, j'ai commandé du Duras, du que je n'avais pas encore lu, je veux dire. J'avais appris récemment une histoire étonnante relative à Duras, une histoire que j'ignorais, sa dernière histoire d'amour.
Il s'appelait Yann Andréa Steiner, il avait 27 ans et elle 65 au moment de leur rencontre. Il lui avait écrit des tas de lettres et elle avait finalement accepté de le recevoir. Il ne l'a plus quittée à partir de ce moment-là, l'a accompagnée durant les dernières années de sa vie, écrivant sous sa dictée quand elle ne pourra plus écrire, la soignant quand l'alcoolisme la ravagera et qu'elle fera une cure de désintoxication.
Elle dira «Vos lettres sont les plus belles de toute ma vie.», et lui «Ce qui me sauvera, Marguerite me le dit, c'est que moi, j'ai été le préféré, son préféré."
Il reste de cette histoire deux livres, que chacun a écrit. Fait rare que d'avoir les deux échos, les deux points de vue d'une même histoire, vue au travers du prisme de chaque partie.
Alors voilà ma commande :
Je l'avoue, j'ai commencé par "Détruire dit elle".
Parce que le titre.
Parce que seulement le titre.
Un livre curieux, agaçant, dont je sors, après 3 jours de lecture, frustrée. Je l'avoue, je n'ai rien compris. Sinon cette phrase, qui résume peut-être à elle seule la trame de l'intrigue "C’est vrai que maintenant on ne raconte plus rien dans les romans". Je me rassure, même la propre maison d'édition de Duras, Les Editions de Minuit, l'ont dit "Détruire dit-elle ne ressemble à rien.". Je confirme.
Toujours est-il que j'adore Duras.
Parce que les titres de ses romans, donc.
Parce qu'elle signait comme moi (ou parce que je signe comme elle) de ses simples initiales, M.D.
Parce que.
Et je ne manque d'ailleurs jamais d'aller la visiter, quand je passe par Paris.
Sa dernière adresse ? Cimetière du Montparnasse. Seule, sans Yann. Qui vit encore.
03 février 2009
Lectures et écriture
Demain, l'Atelier de Création Littéraire commence vraiment. Enfin, cela fait déjà 3 semaines que j'y assiste, mais je trouvais le cours trop magistral. Pas inintéressant en soi, mais loin de toute création proprement dite.
Mais cette semaine, a y est, c'est parti. Nous sommes une trentaine, divisés en groupe de 10. Le premier groupe, auquel j'appartiens, a soumis son premier devoir, catégorie Récit. Demain, les textes soumis vont être critiqués, un à un, puis devront être ré-écrits (comprendre "améliorés") ensuite.
J'ai donc soumis un texte et suis en lecture de 9 autres. J'adore ça, lire des textes de gens "comme moi", c'est à dire des personnes qui aiment (a priori, car ça ne transparait pas dans tous les récits) écrire. Je ne connais pas encore mes petits camarades de classe, mais de même que les vêtements portés dénotent d'une personnalité, l'écriture aussi en révèle une part. Des 9 textes que j'ai à commenter, je suis à peu près sûre de savoir qui en est l'auteur.
Les styles, les sujets, les genres (SF, épistolaire, conte,...) se cotoyent. Des genres qui me parlent plus ou moins. Mais au milieu desquels j'arrive à comprendre, peu à peu, où est ma place, quel est (un peu pompeusement certes) "mon style". Etrange sensation.
Je suis très curieuse d'entendre les feedbacks demain. Anxieuse aussi, l'aurait-on cru ? Jugée dans un domaine qui n'est pas le mien, je me sens à la fois usurpatrice (mais de quoi ?) et parfaitement légitime (de quoi d'autre?). A suivre donc.
Et pour me donner du courage, j'essaye de me rappeler que ce ne sont que des p'tits cons, merde !
Puis je repense à certains de leur textes, et je me dis ... pour certains ... des p'tits cons talentueux.
Re-merde !
29 janvier 2009
L'année du poulpe
Le premier mois de 2009 se termine, le Nouvel An Chinois commence et je veux vous souhaiter une magnifique année dans mon horoscope personnel, année qui sera "L'année du poulpe".
Que je m'explique.
Moi qui ait renoncé il y a des années à ces résolutions que j'étais incapable de tenir, j'ai décidé de reprendre la tradition. Et ma résolution cette année est toute littéraire.
Oui, cette année sera littéraire ou ne sera pas !
Donc, plutôt que de faire ces conneries qui lassent les autres et qui m'épuisent, j'ai décidé que j'allais les écrire ! Hé, hé. Pour l'occaze, j'ai même créé une nouvelle catégorie, simplement intitulée "littérature", qui englobera le tout.
Pour preuve que je m'engage avec sérieux dans cette unique et vaste résolution, j'ai déjà écrit deux fois à ma Mémé depuis le début de l'année. Si ! Il se peut même que vous, lecteur mais néanmoins ami, receviez une lettre de moi cette année. L'épistolaire est de retour en ville, qu'on se le dise!
Ensuite, j'attends pour fin février, le 26 exactement (gloups...), le résultat du Prix Littéraire de Radio Canada auquel j'ai soumissionné un texte en octobre dernier ('tain, 4 mois, à l'ère d'Internet, on y croit à peine !?!).
Je me suis aussi inscrite à l'Atelier de Création Littéraire de l'UQAM, dont je compte vous donner des nouvelles régulières. Non, pas que de la schtroumpfette.
Aussi, le CLIM (Cercle Littéraire Informel de Montréal), que l'on avait créé avec des amis il y a 3 ans à suite à un précédent atelier de création auquel nous avions tous participé, a été ressuscité. Alléluia. Avec pour objectif de participer à de nombreux concours littéraires.
Enfin, parce que la devise de ce blog est, rappelons-le, "Mes humeurs, mes lectures et tout ce qui me passe par la tête et que vous ne souhaitez pas forcément savoir !", je vais tâcher de partager avec vous un peu plus ce qui me passe sous les yeux. Hé hé, CL fait dans l'éducatif.
Voilà pour le programme. Mais alors "Pourquoi l'année du poulpe, chère CL ?" allez-vous me demander fort justement.
Ben just becoze le poulpe, si on l'emmerde trop, il lâche son encre.
C'est dit.
Cette année je vais écrire. Et faudra pas me faire chier.
[et là je vous laisse, un texte à écrire pour samedi, pour la revue Biscuit Chinois, une revue québécoise de nouvelles pop, la première (qui a dit "la seule"? Oui, et alors ?!) à m'avoir publiée il y a de ça un an, et dont le prochain thème est "Moustache". ben vi. Allez, au boulot]









