Le Blog de CL

Mes humeurs, mes lectures et tout ce qui me passe par la tête et que vous ne souhaitez pas forcément savoir !

03 août 2009

Une certaine idée de la paix

Dimanche midi, dans une rue du Village.

Ce sont deux hommes dans la mi-trentaine qui se tiennent par la main. L'un d'eux pousse une poussette dans laquelle est assis un enfant tout sourire. Un an, je dirais. La scène respire la paix, la simplicité, même. Mais ce qui étonne le plus, peut-être, c'est l'indifférence des gens alentour. Rien de bizarre, rien de curieux. Tout est normal.

C'est à cela qu'il nous faut aspirer. A cette paix évidente, dans l'indifférence du monde autour. Une paix qu'on n'aurait pas crue, impossible il y a encore des années. Ou même maintenant, ailleurs.

C'est cela Montréal. La paix dans l'indifférence. Le droit à la différence. Dans une évidence indiscutable.

(et c'est pour cela que j'aime ma ville, pour cette idée certaine de la paix)

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18 juillet 2009

Vendredi, c'est arsenic

Hier soir, au restaurant.

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27 mai 2009

Même à roller, le passé parfois me rattrape

Un samedi ensoleillé de mai à Montréal signifie l’éclosion dans la rue, dans la moindre ruelle, des « ventes de garage ». Chacun déballe sur le trottoir le bordel qui se sera accumulé pendant les derniers mois, les dernières années. Une façon de faire place nette, de faire son ménage de printemps. Et de passer quelques heures assis dehors, à profiter du soleil et des gens qui passent, qui regardent, qui trouvent –ou pas- leur bonheur dans les bricoles éparses. Le bonheur des acquéreurs égale celui des vendeurs, voilà bien une win-win situation.


Samedi dernier donc, je me balladais en roller sans but précis, quand je l’ai vu, sur un trottoir de la rue Garnier. Un berceau. Notre berceau ? Le berceau d’Héloïse je veux dire. Le même modèle.


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Flash back, 6 ans en arrière. Presque 7 même. J’avais voulu ce berceau, que l’on n’avait pas pour Alexane, justement pour faire changement, pour éviter dès la naissance l’effet deuxième-qui-hérite-de-tout-ce-qui-ne-va-plus-au-premier. On avait trouvé ce berceau sur un site d’annonces, qui regorge de ce genre de meuble dont la durée d’utilisation est brève (6 mois max).


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En voyant ce berceau, j’ai eu cette idée saugrenue que, si je croyais en la réincarnation, et bien j’aimerais me réincarner en berceau (je sais...). Une vie à partager les premiers jours d’une foule de bébés, sentir la chaleur de leur petits corps, accompagner leur sommeil paisible au rythme de ses propres balancements, écouter leurs pleurs et sentir l’émotion, la fierté doucement orgeuilleuse des parents venus couver du regard leur progéniture endormie et sentir l’attendrissement des gens penchés au dessus de soi, cette tendre émotion que l’on a quand on ne se penche au dessus d’un berceau…

Le berceau d’Héloïse aura partagé notre vie quelques mois, une année peut-être. Je ne sais plus comment il nous a quitté, j’ai oublié cela. L’avons-nous vendu à nouveau ? Ou donné à des amis pour un bébé à venir ? Qu’est-il devenu, quels autres enfants a-t-il accueilli ?

Je me suis approché du berceau de la rue Garnier, avec cet espoir un peu bête en une coïncidence improbable : peut-être est-ce lui , ce serait marrant ?  Mais non, ce n’était pas lui. Pas lui, pour des raisons que je ne saurais dire, la patine du bois différente, peut-être ? Ou le bout de bois qui bloquait le mécanisme de bercement différent du notre ? Pas lui, bien sûr. La coïncidence aurait été étonnante...


Je suis repartie dans les rues, troublée par cet épisode du passé.
Ces souvenirs qu’on porte en soi et qui ressurgissent parfois sans qu’on s’y attende.

Qui nous donnent, furtivement, une mesure du temps.

Et me rappellent que mes filles, déjà, ne sont plus des bébés.

 

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22 mai 2009

Le facteur brise

Il y a des jours bénis, comme hier. Où la température, étrangement estivale (28C, alors que la veille il faisait encore 6C), jette la ville dans une bulle inattendue, dans laquelle tout le monde se jette, avec cette urgence des bonnes choses dont on sait qu’elles ne vont pas durer.


Retour du bureau à pied, cela s’impose. Traversée du campus, puis du ghetto Mac Gill d’abord. Puis l’effervescence du Plateau. Toutes les terrasses sont envahies. Puis suis entrée dans une boutique, attirée par une petite robe. « Bonjour, je ne vois pas la taille de la robe, je cherche du Small ». La vendeuse, contente visiblement du concept, « Ici, c’est taille unique »  . Taille Unique... Dans la langage CL-1m56-et-alors ça veut dire « Oublie ça ma fille, y a rien qui va t’aller ».


Taille unique, une hérésie dans le monde de la féminité. Le Fit them all de la tenue vestimentaire sensée aller à toutes, oui, y a des gens qui y croient.  Malgré tout, je ne peux m’empêcher d’essayer cette petite robe noire donc, genre l’incontournable de la garde-robe, la sauveuse de la soirée Grande CL-asse de dernière minute « mais j’ai riiiiiiiiiien à me mettre » . Ok, ok, je l’admets. J’en ai déjà 3, des comme ça… Taille Unique... Autant dire que je rentre dans la cabine d’essayage tel le soldat déjà vaincu. Puis constate que la fameuse petite robe n’est pas si mal au fond.

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Elle moule peut-être une peu trop la rotondité de mon ventre « Mais cela est si féminin, il y a un coté sexy à cette courbe, il faut arrêter de se penser comme des top modèles retouchées sous PhotoShop » (ai retenu in extrémis le « Hé ben ‘tain arrêtez d’abord les tailles uniques, merde »,  la vendeuse étant charmante et un ami m’ayant suggéré de pratiquer la bienveillance, allons bon..). Puis, moitié flattée par le compliment à peine déguisé, moitié convaincue par le discours anti-diktat de la mode, et aussi parce que j’arrive à glisser un discret « ah ça, deux grossesses ça laisse des traces » auquel la vendeuse, décidemment très charmante, oppose une exclamation de surprise de l’air je-l’aurais-jamais-cru, je succombe, et je décide que ce concept de Taille Unique c’est pas si mal, finalement. Taille Unique pour Femme Unique. Au fond, tout est dans le choix des mots … et dans l’angle avec lequel on les lit.


Et, pour achever de me convaincre, le nom de la marque :

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Après cette parenthèse shopping, j’ai repris ma flânerie sous une brise légère d’été. Rue St Denis, j’ai croisé Marie Laberge , J’ai hésité un moment, elle payait son parking à une borne, et allez savoir pourquoi, j’ai trouvé la chose à la fois rassurante et incongrue pour une écrivaine (qui m’a dit que j’avais une idée très surfaite du monde littéraire ?). Finalement, je me suis lancée :

- Excusez-moi, vous êtes bien Marie Laberge ?

- (Dans un sourire charmant) Oui, en effet.

- Je voulais vous dire que j’avais découvert l’an passé votre premier roman « Juillet » (NDLR merci Jacinthe, je dois te le rendre d’ailleurs) que j’ai beaucoup aimé. Je suis d’ailleurs aussi abonnée à votre chronique « Des nouvelles de Martha ».  Je voulais vous féliciter pour cette idée, c’est très originale cette forme de distribution éditoriale.

-Hé bien merci beaucoup !

 

Rencontre brève et furtive, à peine palpable. «T’as encore fait ta groupie » me dirait un ami-les-mots-pour-le-dire-et-la-bienveillance-tu-y-as-pensé.  Donc, oui, j’ai fait ma groupie. Mais bienveillante, la groupie,. Car si je trouve l’idée de distribuer sa nouvelle œuvre sous forme de lettres adressées directement à l’abonné et personnalisées,  avec chaque lettre qui commence par « Chère CL »  et qui utilise le féminin si l’abonnée  est une femme ou le masculin si c’est un homme, je ne lui ai pas dit en revanche que je n’étais pas fan de l’histoire que me conte Martha au fil de ces lettres.

Bref, chacune a repris sa route, un sourire ravi aux lèvres.


Puis le reste de la balade, les tas d’autres choses dont j’aurais aimé discuter avec elle en tête, et dans les cheveux, cette douce brise. Ce facteur brise, cette douceur chaude pour accompagner ce retour paisible.

 

 

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24 avril 2009

Big Apple again

Demain, nouveau week-end à NYC prévu. J’espère pouvoir y parvenir cette année. On y croit (je vole avec Continental, ça augmente les chances). Le printemps ayant pris des airs d’été, j'ai ressorti hier mes rollers histoire de dérouiller mes ABECs en vue d’un petit entrainement et reprise en main du matos avant NY.

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A Montréal, patiner sur les trottoirs est quasi-impossible, le revêtement est trop irrégulier. Les pistes cyclables n’ayant pas encore été nettoyées (shame), la chaussée des rues reste la meilleure des options. Le roller, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. On retrouve très vite les bons vieux réflexes : gaffe aux gravillons qui bloquent les roulements, on évite le sable et on privilégie les rues à sens unique, que l’on remonte à contre-sens (toujours avoir le danger en face).

 

La reprise a été tranquille, une petite heure dans les rues et les parcs du Plateau au soleil déclinant. Une saine activité.

 

Maintenant, reste plus qu’à downloader mon lecteur mp3 avec des musiques idoines (gangsta’ rap & hip hop), et me voilà parée pour un bon ride à Central Park !


[ Je sais, je me la pète :) ]

 

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23 avril 2009

Foutez-moi la paix

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Fin mai 1969, John Lennon et de Yoko Ono organisaient leur célèbre bed-in et recevaient en pyjama dans une suite de l'hôtel Reine Elizabeth à Montréal. 40 ans après, le Musée des beaux-arts de Montréal souligne cet événement en présentant Imagine : la ballade pour la paix de John & Yoko, organisée avec la collaboration de Yoko Ono.

 

Une expo gratuite, participative et où même les appareils photos sont autorisés. Quoique (ou forcément) centrée sur le couple célèbre, c’est une rétrospective intéressante du message, qu’on pourrait penser presque naïf et auquel pourtant on veut désespérément croire (malgré tous les cons alentour), que les célèbres amoureux défendaient à l'époque « IMAGINE LA PAIX ».

 

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Parmi les activités amusantes, il y a des jeux d’échecs blancs, sur damier blanc, avec pièces blanches pour les 2 camps. Les règles du jeu «Play It by Trust » . On peut planter un clou sur un panneau blanc et y accrocher un cheveu (blanc, tankaf’), estamper un « Imagine la paix » sur des cartes du monde punaisées sur les murs. Murs noircis, à coté de l’étiquette « Prière de ne pas écrire sur les murs ».On peut accrocher un message de paix sur les Wish Trees installés dans la dernière salle.

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Bref, une expo haute en couleurs blanc, ambiance Peace and Love un peu décalée (le blanc, en 2009, ça fait iPod). Une bonne piqure de rappel tout de même pour dire « la guerre, c’est mal. La paix, c'est mieux».

 

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Puis enfin, à la sortie,  il y a la boutique « Imagine le pèze » vu les prix pratiqués. Mais pour un expo gratos qui traite de la paix, on pourrait presque dire que ... c’est de bonne guerre.

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14 avril 2009

Coté soleil

[ Centre ville de Montréal. Un midi il y a deux semaines]

J’aime me promener à l’heure du lunch, surtout lors d'une journée comme celle-ci, quand le soleil brille, réchauffe et aveugle. Je pars, avec pour seul objectif de rester sur le trottoir coté soleil. Mon bureau se trouve au pied du Mont-Royal, et je me décide aujourd’hui pour une petite incursion pédestre dans le royaume des nantis. Direction Crescent Redpath.

Cette rue m’a toujours fascinée. C’est un cul de sac, comme l’indique le panneau à l’entrée. Une rue accrochée à flanc de colline (oops, de montagne, comme on désigne le Mont-Royal ici) qui se termine par une boucle, bordée d’augustes demeures.

La géographie du lieu, la hauteur de vue qu’il donne sur la ville est le reflet direct de la position sociale des habitants.

Les maisons respirent l’opulence, différentes architectures se mêlent, mais toujours de bon goût. Qui va du style victorien anglo-saxon au dernier style contemporain. Une maison, bâtie sur 3 étages, accueille même en son centre un arbre exotique sur toute sa hauteur, dans un hall entièrement vitré. Le calme règne, un vrai désert, malgré les innombrables jardins ensoleillés en cette heure du midi. Le printemps est encore jeune, la neige persiste par endroit, ce qui explique sans doute l’absence de jardiniers.

Les voitures dans les driveway donnent le ton. BMW, Mercedes, des 4x4 divers, puis Golf ou Beetle pour Madame. Les voitures le long du trottoir sont plus modestes. Le petit personnel sans doute, nannies et femme de ménage. J’aperçois des sièges-autos et des doudous oubliés sur la plage arrière de certaines. Dans un arbre, pas trop haut, une cabane en bois. L’enfance ici est à l’abri de la fracture sociale. Elle pousse sous fond d’air climatisé et, comme l’ambiance générale le laisse penser, sûrement de façon feutrée, sans bruit, avec toute la distinction due à son rang.

Je suis seule à marcher sur les trottoirs. Parfois quelque voiture me croise, qui m’ignore. Sauf une, dont le chauffeur me regarde de façon plus insistante. Est-ce ma veste de cuir noir ou mon échappe (un keffieh bordeaux et noir) qui font tâche ?

Plus loin, je croise d’autres marcheurs. Ils sont du quartier, visiblement. Cela se voit à leur façon affectée de ne pas me regarder. Subtile politesse qui évite d’agréer le fait si commun, si vulgaire, étrange pour tout dire, que l’on se déplace à pieds. Ils regardent au travers de moi, vers un ailleurs qui se situerait dans mon dos. L’indifférence en tant que marque extérieure de richesse...

Puis il y a eux. Un jeune couple dans une Toyota Echo estampée du logo Commun’Auto, qui les trahit encore plus que mon cuir. Je souris « Tiens, des potes », eux aussi en visite urbaine. Comme pour confirmer la chose, je croise le regard de la passagère qui est franc, pas fuyant ou indifférent comme les marcheurs de tout à l’heure. Je sens dans son sourire la complicité de ceux qui ne sont pas à leur place et le reconnaissent. Je lui souris de plus belle, en un acquiescement tacite et complice.

C’est beau, cet endroit. Cela respire le calme, la sérénité des gens aisés qui n’auront pas l’indécence d’exposer leurs tourments au Grand Extérieur. Seule dissonance notable, Balavoine (oui, je traverse une période musicale nostalgique...) qui me parle d’un enfant assis qui attend la pluie.

Ici, ils n’attendent rien. Il n’y a rien à attendre. Il y a juste à profiter. Comme cet homme, sur sa terrasse design qui domine la ville, allongé sur une transat en teck (quel autre bois dans ces rues?) et se permet une sieste au soleil.

Au moment où je finis ma boucle, rejoignant mon point de départ, au croisement que fait Crescent Redpath avec l’avenue des Pins, je la vois, la Commun’Auto qui a fini elle aussi son exploration sociale. Et qui comme moi rejoint l’autre rive. Celle des gens du commun.

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15 mars 2009

Du bollywood épormyable

Cette semaine a été riche en pièces de théatre, "Rêvez, montagnes !" à l'Espace Libre mardi et "La charge de l'orignal épormyable" au TNM vendredi. Deux styles, deux ambiances, deux soirées particulières.

"Rêvez, montagnes" d'abord. Une parodie hilarante du cinéma indien façon bollywood. Le scénario ? Un producteur indien cherche à filmer son dernier film dans les montagnes de son enfance, situées au Pakistan. Pour des raisons politiques, l'accès des-dites montagnes lui est refusé, et il part à la recherche de montagnes à l'énergie similaire...au Québec. Une production haute en couleurs, riche en création et à l'humour efficace. N'hésitez pas, il faut la voir !

"La charge de l'orignal épormyable", ensuite. Hum... Mettons que le titre résume à lui seul la pièce. On n'est pas sûr de ce qu'il veut dire, il y a un mot qu'on n'a jamais entendu et qu'on ne comprend pas et au final on n'a aucune idée de ce à quoi s'attendre.

Cette pièce de théatre est un fleuron de la poésie québécoise. Du poète Claude Gauvreau, un des signataires du Refus Global. Qui comme tout poète a commencé à être (re)connu après sa mort (son suicide) en 1970. Il a passé quelques mois en asile psychiatrique suite au suicide de sa muse, et le texte de "la charge de l'orignal épormyable" se veut une sorte de témoignage de cette époque, et plus généralement une satyre de l'oppression d'une société sclérosée qui brime toute créativité.

Le sujet donc, un homme enfermé dans un endroit retiré dans une forêt inquiétante, une sorte de retraite au style qui oscille entre un camp d'emprisonnement et une institution étrange. Il s'est retiré là suite au suicide de la femme qu'il aimait et vit avec 4 "amis", des pseudo-psychologues, qui le soumettent à des jeux cruels afin de le tester et pouvoir lui coller une étiquette ("maniaque", "pervers", "masochiste", etc...).

Quand le héros (au nom improbable de Mycroft Mixeudeim - je stressais à chaque fois qu'un des acteurs le prononçait, j'avais trop peur que sa langue fourche et qu'il dise Microsoft... oui je sais, je suis ingénieure), bref, quand le héros est poussé à bout, il se transforme en une sorte d'orignal qui défonce les portes avec sa tête, de façon épormyable (c'est chiant, hein ? ces mots qu'on ne comprend pas).

la pièce dure 2h15 sans entracte, en une suite de scènes qui oscillent entre l'ennui, l'interrogation, le malaise. L'ambiance est oppressante, avec une musique en arrière plan assez insistante. Certaines tirades sont longues, de compréhension difficile, car Gauvreau aimait insérer dans ses pièces le langage qu'il avait inventé, l'exploréen. "une langue pure et très lyrique, mais en même temps pas inaccessible.», dixit la critique de La Presse.

Rien que ça. Sans sous-titres.

Et bien, personnellement, j'ai trouvé c'est très TRES chiant. D'un élitiste agaçant ("Comment, tu ne parles pas exploréen couramment ? Pfui..."). Donc, quand je suis sortie du théatre, vendredi soir, j'étais passablement énervée, troublée aussi.

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Pas sûre d'avoir aimé. Ni détesté ceci dit.
D'une incertitude exaspérante.

A se taper la tête contre les murs, comme le dit l'affiche.
Je confirme !

---- Ce que le mot dit
"épormyable". Aucun dictionnaire ne le mentionne sinon ... Le Grand Dictionnaire Terminologique qui est lié à l'Office de la Langue Française du Québec.

Epormyable, Adj.
Adjectif inventé de toutes pièces pour décrire l'état de celui qui se sent à la fois génial, créatif et menacé par son environnement social. La terminaison « myable » pourrait avoir le sens de friable.

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08 décembre 2008

En partant à moins 20, je ne serai pas en retard

Réveil à 6h45. J'allume la radio. Dans le flot continu des informations du matin, le point météo  "... il fait presentement -20C à Montréal. Avec le facteur vent, la température ressentie tourne autour de -28C. Si vous sortez, emmitouflez-vous bien...".

-20C.

Cela fait près de 10 ans que je vis à Montréal, et je n'arrive toujours pas à envisager ce que -20 signifie. Avec le temps, on établit tout de même un certain barème de température :
- 0 degré, quand c'est en automne, au moment où les températures chutent, 0 degré, c'est froid. Mais quand c'est à la fin de l'hiver, que le printemps se fait sentir, 0 degré, c'est la température à partir de laquelle on recommence à rouler les vitres ouvertes.
- 12 degré, c'est la limite que je me suis fixée pour aller skier. En deça, ce n'est plus gérable.
- 13 degré, c'est la limite pour sortir les nourrissons, dixit le manuel des jeunes parents qu'on nous a remis à la naissance d'Alexane.

En dessous de mettons -15, et bien, c'est une sorte de grand gouffre glacial. Dont les graduations ne font plus grande différence. Autant on estime la différence entre 0 et 20 degré, autant je n'ai pas encore réussi à appréhender la différence entre -12 et -32 (mon record personnel, oui je sais, je reste immigrante pour ce genre d'exotismes).

7h25, je quitte la maison. Comme chaque fois, je suis étonnée de ne pas ressentir instantanément le mordant du froid. Le scénario est immanquable : d'abord on ricane "ils se sont encore gourrés à la météo". Le soleil vient à peine de se lever, et le ciel est déjà du bleu acier qui caractérise les journées très froides. Je repense comme à chaque fois à une remarque, décidemment encore très brillante, de mon Alexane, énoncée un jour de pluie d'automne "Vivement l'hiver qu'il fasse beau!".

L'air est sec, le soleil commence à être éclatant, on en oublie le froid. Un court instant. Je suis sortie sans chapeau. Je tiens quoi, une ou deux minutes. A ces températures, on se rappelle vite que l'on possède des oreilles. Je refais un tour dans mon foulard, dans mon cache-nez devrais-je dire, qui ne porte jamais aussi bien son nom que ces matins-là. Je me recouvre de ma capuche capitonnée. La neige, que la nuit a saupoudrée doucement, craque doucement sous mes pas, gelée elle aussi.

Les mains au fond des poches, je me dirige vers le métro. 10 minutes de marche maximum. Les 3 premières minutes sont légères, j'admire l'éclat du jour qui se lève, l'air parait si pur par ce froid. Je respire au travers de mon écharpe, ce qui a pour effet d'embuer mes lunettes. Tous les ans je me refais ma note mentale "En deça de -10, mettre mes lentilles" sinon toute la journée c'est la valse buée / pas buée au hasard des entrées et des sorties. En plus, mes montures sont en plastique. Pas sûre qu'elles tiennent longtemps avec de telles variations thermiques.

Le froid s'impose doucement. Dans les jambes qui sont généralement les moins bien protégées. Les mains, gantées, sont enfoncées dans les poches, les bottes remontent jusqu'aux genous, et malgré la veste qui tombe sur les cuisses, je sens la peau piquer peu à peu, sous le tissu du pantalon qui se crispe lentement. J'accélère le pas pour me réchauffer.

Malgré tout, j'adore ces ambiances de petits matins froids, calée douillettement au fond de ma capuche. Le ciel est magnifique, les rues un peu, mais à peine, plus désertes que les autres jours, avec les gens qui marchent recroquevillés sur eux-mêmes et qui avancent d'un pas leste.

Je me dis, comme à chaque fois depuis près de 10 ans "Il fait -20 et je suis dehors, c'est fou quand même, non ?" En fait non. Le seul fait notable, en réalité, c'est qu'à ce rythme, en partant à -20, je ne serai pas en retard.

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30 octobre 2008

Première neige

Mardi soir, la pluie tombait dru. Une pluie forte et froide, que le vent rabattait sur mes jambes et qui rendait le parapluie bien dérisoire. Puis peu à peu, les gouttes se sont tranformées en doux flocons. J'avançais alors dans une atmosphère blanche, soudain plus légère, des premiers flocons qui ne savaient pas encore s'ils étaient toujours de l'eau ou déjà de la neige.

Vivement l'hiver...

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