14 janvier 2009
Faites chauffer l'eau !
Grosse nouvelle aujourd’hui :
Réjean confirmed you as a friend on Facebook.
Que je vous raconte la chose. Je constatais il y a peu qu’un de mes amis comptaient, parmi ses Friends FaceBook, des écrivains. J’ai instantanément péché par envie. ‘tain, avoir des potes écrivains ! Ça m’a paru chouette comme idée. CL-asse.
Du coup, j’ai cherché. Et suis tombée sur Réjean Ducharme. Qui a même, le charmant homme, accepté d’être mon ami. Du coup, ne perdant pas mon objectif de vue (i.e. un thé avec lui) je lui ai posté ce petit message :
Affaire à suivre…
Sur ma lancée, j’ai aussi demandé à (un des 4, le seul avec photo) Michel Houellebecq de devenir mon ami. Nous avions, il y a 3 ans, échangé quelques emails (mais était-ce lui déjà ?), peut-être se souviendra-t-il de moi ? ai-je pensé, non sans prétention je vous l'accorde.
Bon, ok, j’ai aussi trouvé Marguerite Duras et Marguerite Yourcenar. J’ai des doutes soudain…
05 octobre 2008
Cassons Dubois
Je viens de terminer le dernier Jean-Paul Dubois, "Les accommodements raisonnables". Un titre en forme de clin d'oeil à l'actualité québécoise mais qui, dans ce livre, réfère aux petits accommodements que l'on passe avec soi-même pour supporter sa vie et nos petites lâchetés quotidiennes.
Rien de plus que du Dubois, en bonne et due forme. Un livre comme suite logique à "La vie française", qui lui avait valu le Prix Fémina en 2004. Sans surprise, on y retrouve une critique de l'actualité politique française, un regard d'incompréhension fascinée pour les Etats-Unis, avec toujours en arrière plan une déprime latente. L'histoire, écrite au "je" as usual, relate une tranche de vie qui nous laisse sans grand espoir au moment de fermer le bouquin.
Au fond, je me demande si je n'aime pas Dubois précisémment pour cela, pour ce coté prévisible. De même que l'on lit Irving pour entendre parler de lutte, Jardin pour des histoires d'amours niaises, Zola pour les classes laborieuses et Nothomb pour son nombril...
Mais tout de même, je n'ai pu m'empêcher d'être déçue. Un peu agacée par cet auteur qui ne se renouvelle plus. Ceci dit, je n'oublierai jamais - et pour cela même, je ne saurai le détester vraiment - que c'est ce même Dubois qui aura si bien exprimé l'absurdité et l'insignifiance de nos petites vies en cette phrase, la dernière de son roman "Tous les matins je me lève", phrase dont le titre du roman est d'ailleurs extrait :
Je ne crois en rien, je ne vaux pas grand-chose. Et pourtant tous les matins, je me lève.
Il est temps d'abandonner Dubois et de revenir à cet autre auteur, à l'imagination si fertile qu'il est bien difficile pour le coup de trouver un lien entre ses livres, j'ai nommé Réjean Ducharme. Allons-y pour "L'océantume". A suivre...
-------- Citations extraites des "Accommodements raisonnables"
Il était à l'âge charnière où l'on pouvait encore deviner l'enfant imbuvable qu'il avait été et voir déjà poindre le sale con qu'il s'apprêtait à devenir.
Paul, vous êtes le prétendu garant de quelquechose qui n'existe plus depuis longtemps : l'esprit français.
Je me demandai pourquoi nous ne faisions jamais ce à quoi nous pensions toute notre vie.
J'avais envie de croire que Selma avait pris ma douleur comme ma mère prétendait le faire lorsque j'étais enfant. J'aimais l'idée de pouvoir se saisir de la souffrance de la personne que l'on aime et de l'en décharger d'un geste, comme on retire une couverture.
Les types qui pratiquent le golf l'ont choisi par défaut, parce qu'ils ont échoué dans d'autres disciplines par manque de vitesse, d'adresse, d'endurance ou de force. Le golfeur dissimule une petite infirmité, c'est pour ça qu'il fait son parcours en voiturette électrique.
30 ans de vie commune pour arriver à une nuit telle que celle-ci. Cela en disait long sur le courage et l'aveuglement de l'espèce.
27 mai 2008
Ruelles des pas perdus
Il y a un mystère dans les ruelles du Plateau. Un envers du décor qui embaume le lilas et empeste la crotte de chien. Certaines ruelles ont des allures de boulevard tandis que d'autres sont étroites comme des coupes-gorge qui, allez savoir pourquoi, me rappellent certains titres de Modiano ("Rue des boutiques obscures", "Quartier perdu" ou encore "Fleurs de ruine"...).
Dans ces ruelles, j'ai vu des jardins dignes des 1001 nuits et entre-aperçu au travers d'une fenêtre sombre un couple de vieux, statues de cire improbables, qui regardaient la TV.
J'y ai rencontré un renne encore tout enguirlandé, remisé là pour l'été et dont on se souviendra peut-être au prochain Noël.
J'y ai croisé une excentrique aux lunettes trop noires pour ce temps de pluie qui promenait ses deux caniches géants coiffés à la lionne.
J'y ai lu de profondes pensées, tagguées sur les palissades à coté d'oeuvres urbaines plus au moins réussies.
Mais de Réjean Ducharme, point.
Alors que faire ? Lui écrire, via sa maison d'édition Gallimard, comme me le suggère un ami ? Et bien soit. Cherchons ce café (ce "café de la jeunesse perdue", encore Modiano), demandons un stylo et du papier, et commençons :
"Cher Réjean Ducharme...".
14 avril 2008
L'hiver de force
Je dois reconnaître que hier, en voyant à nouveau des flocons tomber du ciel, j’ai pensé à ce titre d’un bouquin de Réjean Ducharme. Bouquin que j’ai lu il y a peu, en mars. En fait, j’ai peu lu de livres de Ducharme, pour une admiratrice je veux dire. Deux romans, pour être précise : « L’hiver de force » et « L’avalée des avalés ». La raison en est simple. Il a écrit 9 romans, entre 1966 et 1999. Puis plus rien depuis près de 10 ans.
En tant que fan, il faut savoir gérer ce potentiel littéraire. Comment aborder un nombre fini de livres ? Les lire tous, comme autant de petits bijoux, et n’avoir ensuite que le bonheur (non négligeable, mais jamais aussi intense qu’une première lecture) des re-lectures ? Ou adopter la stratégie de « faire durer le plaisir ». Ne s’offrir qu’un Ducharme en cas de situation exceptionnelle ? Stratégie que j’ai fait mienne.
Je ne vous dirai pas la situation exceptionnelle du mois de mars. Juste qu’il me reste sept munitions (sept berceaux au spleen?) en ma possession pour les années à venir.
Comme dirait Souchon, c’est déjà ça.
Citations tirées de « L’hiver de force »
Dis-nous ce que tu veux que ça nous fasse puis on va faire comme si ça nous le faisait.
Parce que c’est un génie, il se croit obligé de faire de l’esprit. On est plus drôle que ça mais on n’a pas un jeu pour faire nos comiques.
Nos yeux écoutent trop le téléphone pour savoir ce qu’ils regardent.
On s’est collés, on s’est serrés. On s’est pressés, fort, plus fort, pour abattre le mur, pour sortir, se déshabiter. Ça n’a pas marché. Ça ne marche jamais. Puis chacun a repris lui-même, chacun a ravalé comme un vomi sa personnalité.
Quand tu bois sur un estomac vide, tu es soûl vite et plus longtemps. Ça sauve du temps et de l’argent.
- Il a encore été très gentil avec moi. C’est drôle. Je le comprends pas ce gars-là, moi...
Les sports et les potins artistiques sont rédigés par une bande d’épais et corrigés par une bande d’ignorants, ce qui fait que les lecteurs deviennent une bande de crétins. C’est bien connu ! C’est répugnant !
Ce matin, vers sept heures, une heure que nous ne connaissons pour ainsi dire que par ouï-dire, nos consciences professionnelles sont entrées dans des convulsions.
L’amour sans la fidélité, sans la loyauté et l’exclusivité, c’est de la grossièreté. L’amour sans indulgence, ce n’est pas riche non plus.
On est bien décidés à ne plus jamais avoir envie de rien. Même pipi.
Toutes les femmes ont l’air d’aimer ça mais il ne faut pas que tu te fies là-dessus trop-trop. Les folies et les cochonneries les passionnent mais c’est la propreté et la sécurité qui les rendent le plus folles et cochonnes. C’est les gangsters qui les excitent mais c’est les policiers qu’elles épousent et qui en profitent.
Le grand avantage de l’alcool c’est qu’on peut dire cul et chier sans manquer s’étouffer. Après cinq Bloody Mary on ne dit plus que ça.
Des fois je trouve que c’est la vie qui est absente, pas moi... Je suis prête, moi : c’est pas de ma faute si y a rien qui vient.
Comment ça se fait qu’elle n’a pas compris qu’on ne se plaignait pas pour qu’elle nous paie, mais pour qu’elle ... soit assez tendre tout à coup pour que ça remplace tout, pour qu’on n’ait plus besoin de rien, même plus d’elle...
La simplicité érotique.
Ici, on fait un gros meeting, c’est le bordel, je suis moitié passed-out ! C’est le stade oral-anal ; tout le monde parle pour se faire chier.
Mais savoir que l’inévitable est inévitable ça n’avance pas à grand-chose ; tout ce qu’on peut faire c’est allé au devant du coup pour en être débarrassé au plus vite.
Ce qui avait l’air d’impressionner le plus la Toune dans le peu qu’elle a fini par nous confier, c’est comment qu’elle trompe Roger. Ça fait un peu Bonjour tristesse dit comme ça ; de la façon qu’elle nous l’a dit, c’est tout le contraire. Elle nous a exposé que la fidélité genre conjugal c’est de l’avarice crasse, que c’est une entente pour être sûr de ne rien donner qui ne sera rendu, que c’est du commerce, que c’est une farce que d’appeler ça de l’amour, qu’être en amour c’est être comme une quantité inépuisable de papillons et mourir (chaque fois) tout de suite après qu’on a fécondé l’autre, n’importe quel autre. Elle couche à droite et à gauche par vertu, pour répandre la grâce et donner le tempo.
Si elle ne se retenait pas, elle ferait carrière d’intituler. Comme d’autres font des oeuvres sans titres, elle ne ferait que des titres, des titres sans oeuvres. Ça aurait eu l’air de quoi ? Elle serait trop en avance sur son siècle ; le monde n’est pas prêt.
On disait de mal de A. sans savoir, poussés par une sorte de jalousie préventive.
Les gens qu’on peut avoir, on les snobe ; ceux qu’on ne peut pas avoir, on se fend en quatre pour leur plaire. Les gens sont tellement pareils et c’est tellement toujours la même chose qu’on se demande tout le temps comment ça se fait qu’on a pu durer si longtemps.
On ne bouge pas, de toutes nos forces.
N’empêche que c’est vrai qu’on est au-dessus de ça. Et ce n’est rien : si on s’en donnait la peine on serait au-dessus de bien d’autres choses encore.
- Vous avez pas peur de me décevoir, moi qui suis toujours déçue par tout le monde... ?
Elle ne met dans cette réflexion un peu surprenante aucune suffisance, aucune arrogance. La cruauté qu’elle contient s’y est glissée malgré elle. Le petit sourire triste qui se devine dans sa voix ne laisse aucun doute sur ses intentions : elle a tout simplement voulu dire qu’elle trouve que l’infortune de celle qui est déçue est plus déchirante que l’infortune de ceux qui la déçoivent. Elle ne veut pas nous insulter ; elle veut juste se plaindre.
On la fait certainement flipper ou halluciner (on ne peut pas lui faire autre chose pour la bonne raison qu’il n’y a que ces deux verbes dans sa contre-culture pour exprimer l’effet qu’on peut faire à quelqu’un). Flipper ou halluciner, that is the question, après ça coupe carré, plus rien...
Les livres de Réjean Ducharme :
- L'Avalée des avalés (Gallimard, 1966)
- Le nez qui voque (Gallimard, 1967)
- L'Océantume (Gallimard, 1968)
- La Fille de Christophe Colomb (Gallimard, 1969)
- L'Hiver de force (Gallimard, 1973)
- Les Enfantômes (Lacombe, 1976)
- Dévadé (Lacombe, 1990)
- Va savoir (Gallimard, 1994)
- Gros Mots (Gallimard, 1999)
06 avril 2008
Et lui ? Qu'a-t-il à y gagner ?
En commentaire d’un des billets relatifs à Réjean Ducharme, Mich... le breton masqué a soulevé une excellente question:
Plus sérieusement, une question pour toi : ok, on sait maintenant que cela te ferait le plus grand plaisir, et que nous aurons la chance de lire ce qui ce sera dit entre vous... et lui ? qu'a-t-il à y gagner ?
Heu... je ne cesse d’y réfléchir et je juge la question d’importance. Etant entendu que je ne compromettrais pas son anonymat, peut-on imaginer que boire un thé avec une admiratrice soit un plaisir en soi ? Je l’ignore.
Ceci dit, pour continuer ma quête, il va bien falloir que je trouve une réponse digne d’un écrivain qui a décidé de rester dans l’ombre depuis si longtemps, loin de ses lecteurs.
Amis lecteurs de mon blog et potentiellement fans de Ducharme, des idées ?
25 mars 2008
Un thé avec Réjean Ducharme
J'ai toujours pensé qu'un écrivain mettait le meilleur de lui-même dans ses écrits, et qu'il était finalement vain que de vouloir le rencontrer. Que la rencontre et la conversation ne pouvaient qu'être décevantes jugées à l'aune de la lecture.
Pourtant, je souhaite rencontrer Réjean Ducharme.
Oui, bien sûr, le mystère qui entoure le personnage n'est pas étranger à ce désir de rencontre. Car le personnage vit en mode furtif. Depuis sa première publication en 1966, seules 2 photos de lui ont été publiées.

Certains se demandent même si l'homme existe, si ce ne serait pas plutôt sa secrétaire, voire tel ou telle écrivain(e), l'auteur(e) des livres. Depuis, l'écrivain s'est doublé d'un sculpteur, qui expose des "trophoux" signés Roch Plante. Qui n'assiste pas plus aux vernissages de ses expos que l'écrivain ne participait à la promotion de ses livres.
Et puis l'ombre de Ducharme hante les ruelles du Plateau, ce qui, pour une amoureuse de Montréal, en rajoute à son charme. On dit qu'il continue à farfouiller les boites à recyclage pour récupérer de quoi monter ses sculptures. C'est pourquoi, qui m'accompagnerait dans mes promenades en ville, serait surpris de l'instance que je peux mettre à dévisager les personnes que je rencontre. Car toujours je recherche Réjean Ducharme...
J'ai donc décidé de faire de cette quête une sorte de fil rouge de ce blog. Et je souhaite votre aide, tout renseignement pertinent (ou impertinent, je prends aussi) pour m'aider à obternir un RV particulier. Un tête-à-tête autour d'un thé avec lui...
J'entends déjà quelques mesquins réclamer "Et on a quoi en échange ?"
Et bien vous aurez le transcript de la rencontre en direct sur ce blog. Mais je vous préviens, je ne compte pas parler. Juste boire un thé, le (la?) regarder en face de moi, et essayer de chercher dans ses traits où se cache le génie de ses mots.
Ça risque d'être chiant, comme billet finalement. Mais je vous aurais prévenus.
Qui m'aide ?
21 mars 2008
Les objectifs de tout cela
Je réfléchis depuis hier donc à cette idée de blog et j'ai décidé d'y associer une sorte de mission, de but, autre que celui d'une simple suite de billets.
- Primo, but tout à fait personnel, l'idée de ce blog est de tester ma capacité à écrire de façon régulière. Et pas n'importe quoi [challenge ! :) ]
- Ensuite, je lance officiellement l'opération "Un thé avec Réjean Ducharme" ouverte. Les détails de ce Grâal littéraire viendront plus tard.
- Finalement, je souhaite développer une interaction avec mon lectorat (si lectorat il y a...). Qu'il participe d'une façon ou d'une autre à l'evolution de ce blog. Je n'ai pas encore une idée précise de la chose, alors j'y pense encore et reviendrai sur le sujet prochainement.
Voilà, l'esquisse du tableau est brossé. Voyons comment la mise en mots, la mise en couleurs restitueront l'idée initiale que j'en ai, ou feront apparaître des choses dont je n'avais aucune idée.





