J'ai reçu ce bouquin, écrit par Dan Franck et prix Renaudot 1991, au Noël de cette même année. Il ne pouvait pas plus mal tomber. Car à cette époque, précisément en ce mois de décembre 91, je me séparais d'avec mon premier amour. Nous avions 21 ans, nous nous aimions depuis 4 ans et pour toutes sortes de raisons qu'on a préféré oublier depuis, on s'est quitté. Mon premier amour... Bien sûr, à l'époque, je disais mon Amour. Tout court. Avec une majuscule. On n'ajoute pas cet adjectif,  "premier", qui, par sa définiton même, désigne quelquechose qui est amené à finir. Finir, un mot que je ne connaissais pas, à 21 ans ...

J'ai voulu éviter de penser à la malheureuse coïncidence de ce cadeau empoisonné, mais pour le première  fois, j'ai regardé la littérature d'un oeil suspicieux. Car la lecture de la défaite de ce couple, loin de m'aider à vivre la défaite du mien, n'a au contraire su que renforcer ce constat terrible, plus que de l'échec, de la médiocrité, de la banalité de nos amours.

Après l'orgueil ordinaire du "nous deux c'est différent", je découvrai par ce livre le commun (le vulgaire...) du "nous deux ce n'est plus possible". Ce livre, en odieux parallèle de ma vie, a rajouté à l'amertume d'un amour qui se délitait, en m'otant l'idée même que la peine qui m'étreignait n'était qu'à nous. A nous encore. Rien que à nous.

On veut croire que notre histoire est unique, et on tremble d'indignation à la lire, là, sous nos propres yeux, écrite par un autre. De ce temps-là, j'ai aussi nourri le sentiment, dont j'ai depuis du mal à me départir, qu'il est vain de vouloir mettre ses propres mots sur des événements si universellement banals qu'une séparation. J'ai constaté que c'était arrivé à d'autres, qui en avaient écrit tout ce qu'il y avait à en écrire...

Je repensais à tout cela samedi.
Parce qu'un ami est venu nous annoncer qu'il se séparait...
Parce que on n'a rien su se dire, sinon pleurer dans les bras l'un de l'autre...
Parce qu'on a connu cette peine, et qu'elle nous revient, fragmentée, dans ces moments-là, incapables que nous sommes de la soustraitre à un ami..
Parce que c'est désespérant ces histoires qui se répètent...

Parce qu'en ce jour d'orage, on s'est dit que la foudre n'était pas tombée très loin...

-----

[Citations extraites de La Séparation]

Même si leur feuillages se heurtent souvent, ils sont unis par les mêmes racines.

Elle a dit, comme si elle se libérait, elle a dit, avec le sourire de la confiance, elle a dit, et dans son expression il y avait le bonheur et la fierté d'une petite fille ouvrant son jardin le plus secret, elle a dit : "Je suis amoureuse d'un autre homme".

Il l'estime pour ce qu'il a fait, et aussi pour ce qu'il n'a pas fait, qui pèse d'un même poids sur la balance des qualités.

Rien n'est plus terrible pour un enfant que d'apprendre à se consoler tout seul.

Tendresse et compréhension ne sont que des substitus à l'amour.