Je lisais récemment un billet du blogue de la fille qui mange pas que des macarons (mais qui les vomit aussi) au sujet des premières fois de sa toute petite.  Au début, j’ai eu l’émotion larmoyante, en pensant que je n’étais pas la seule à avoir noté le jour où mes filles avaient employé le subjonctif. :’)

Puis, quelques jours plus tard, une amie m’a parlé de la mésaventure de sa petite de 13 ans : celle-ci s’est retrouvé tétanisée dans le bus, devant un mec avec son cellulaire qui n’arrêtait pas de la prendre en photo en lui murmurant qu’elle était jolie, que oui, elle était d’accord, alors que celle-ci ne savait pas quoi faire, pas quoi dire, et qu’elle est finalement descendue (seule, ouf), désemparée et angoissée, pour appeler sa mère. 

Comme on dit, en plus du subjonctif, on nous apprend le passé simple mais pas le futur compliqué... alors, j’ai pensé aux autres premières fois JE PRÉFÈRERAIS NE PAS Y PENSER à venir pour mes filles. Notamment à leur premier connard, a.k.a Connard 1er...

Connard 1er, C’est un peu comme les Papes. Y en a un qui décide d’être le premier de la lignée et au bout d’un certain temps, on ne les compte plus. Mais, à la différence des Papes, le premier connard nous reste gravé en mémoire ad vitam ...

Le concept de Connard 1er est un concept 100% féminin. Encore que je puisse imaginer qu’il existe son pendant masculin (genre celui qui en a un plus grosse ? je dis ça, je dis rien). Mais bref, pour nous les femmes, c’est lié à un aspect très singulier de la féminité qui réside dans cet état inévitable, un truc inscrit en nous, une sorte d’instinct de survie directement soudé aux chromosomes XX qui nous fait marcher plus vite dans une rue noire, qui nous fait baisser la tête et ignorer le mec un peu louche là-bas, qui nous fait réfléchir à 23464 fois avant de rentrer toute seule le soir t’es sûre t’as pas peur finalement appelle un taxi, qui nous fait bien sentir à certains moments à quel point on est faible, petite, vulnérable et sans défense, quand justement on croise le regard bizarre pour ne pas dire malsain de toute la ribambelle de connards qui vont traverser nos vies. 

Pour certaines, ça peut commencer très tôt : le père qui gueule trop fort (voire qui a la main leste, je vous passe les autres degrés de l’horreur). Ça peut être le frérot qui supporte pas que t’aies un meilleur bulletin scolaire que lui, le tonton un peu bizarre qui a la main frétillante du coté de la braguette quand tu passes dans le coin, le mec que tu pensais sympa mais qui te coince quand même un peu trop fort contre le mur avec un sourire pas si sympa que ça finalement maintenant que tu le voies de plus près ...

Les connards, 1er et à suivre, ce sont tous ces mecs qui ont déclenché une PUTAIN DE TROUILLE À L’INTÉRIEUR ET L’IDÉE DU PIRE QUI VA AVEC. If you see what I mean... Connard 1er, comme son nom l’indique, se place exactement au début de cette branche de l’humanité qui a loupé son évolution quelque part.

Allez les filles, je lance un sondage, à quel âge votre Connard 1er ? Pour moi, c’était en 3ème. Un mercredi, alors que j’allais rejoindre des copines à la bibliothèque en bus. Plus vieux que moi, mais je ne saurais dire exactement à quel point plus vieux. Un regard tordu et insistant sur ma petite personne qui n’avait encore jamais intéressé aucun garçon (car TROP petite et qui paraissait TROP jeune,  ce qui rendait le regard de ce mec encore plus suspect). 

Quand le bus est arrivé, je me suis assise juste à coté du chauffeur. Je sentais le regard de Connard 1er très lourdement sur mes épaules, je le voyais dans le reflet du pare-brise, assis pas très loin de moi. Oh, je sais, rien de dramatique, c’était le début d’après-midi, il faisait grand soleil, il y avait du monde, pourtant, comment vous dire mon malaise ? Ma honte aussi de me sentir si mal pour si peu, et donc, mon silence, mon incapacité à dire à n’importe qui dans ce bus que je n’étais pas bien.

Comme la fille de mon amie, je suis descendue au premier arrêt. Horreur, quand dans le reflet de l’abri-bus, j’ai vu qu’il était descendu aussi. Marche rapide dans les rues de la petite ville provençale dans laquelle j’habitais. De reflet de vitrine de magasins en reflet de vitrine de magasin, j’ai pu voir qu’il me suivait. A ce stade, il avait dû comprendre qu’il aurait du mal à plaider le fait que j’étais consentante... Marche plus rapide, petite rue à droite, regard en arrière histoire de vérifier qu’il n’avait pas encore tourné au coin de la rue, et hop, je me suis réfugiée dans un magasin de souvenirs pour touristes où régnait un joyeux bordel qui me semblait propice pour se cacher ...

Et pendant tout ce temps, JE N’AI JAMAIS OSÉ DEMANDER DE L’AIDE....

bol provencal

Je me souviens de ce sentiment d’être ... SEULE. Seule face à l’adversité, comme si quelque chose m’empêchait de parler, d’exprimer mon angoisse. Une sorte de conscience du ridicule de la situation, d’une incapacité à la décrire qui faisait qu’il était inutile que je demande de l’aide. Je n’ai jamais pensé à juste dire « J’ai l’impression qu’un garçon me suit et ça me fait peur ». Malgré l’éducation très ouverte de mes parents,  qui m’ont toujours poussée à m’exprimer librement...

Bref, je me suis planquée derrière un de ces grands présentoirs qui tournent avec tout plein de bols provençaux avec des prénoms dessus rangés par ordre alphabétique... Je vous préviens, inutile de m’en offrir un, depuis ce jour, je ne supporte plus aucun bol à la con avec ton prénom dessus.

Ok, j’admets, je m’en tire bien perso. C’est le seul effet secondaire qui me soit resté de Connard 1er, que j’ai vu passer devant la boutique, visiblement déconcerté d’avoir perdu quelque chose en route, pendant que je maudissait la con#$$%%se de vendeuse qui allait me faire repérer la con@#$%^se, venue me demander la con@#$%^se comment je m’appelais pour qu’elle m’aide à trouver mon bol. J’ai pas osé dire que j’étais morte de trouille mais j’ai bien failli lui gueuler dessus « MAIS J’EN VEUX PAS DE TES BOL S DE MERDE CONNASSE ». Comme quoi, y a un truc avec la féminité que je ne maitrise pas trop....

Tout ça pour dire que depuis ce week-end, j’entraine mes filles à dire « ‘TAIN MAIS J’EN VEUX PAS DE TON BOL DE MERDE AVEC MON NOM DESSUS CONNASSE » « J’ai peur de cette personne, pourriez-vous m’aider s’il vous plait ».

 

(... et j’essaye de me rappeler de leur premier subjonctif ( « que je prenne », « que je veuille », ?...) histoire de me détendre un peu).